La Turquie affronte encore la grippe aviaire

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« On doit être en plein milieu du périmètre sous quarantaine, mais on ne sait pas exactement ce qui le délimite, personne ne nous a rien dit », explique Semra Yorganci, une pharmacienne d’Istanbul. Après la découverte dimanche de plusieurs poulets morts porteurs du virus de la grippe aviaire H5N1 dans la métropole turque, le gouverneur de la ville avait décrété trois zones de quarantaine. Mais dans le quartier de Gazi, ni le commissariat, ni les cliniques, ni même les pharmacies ne sont capables de désigner précisément la zone concernée, normalement d’« un rayon de trois kilomètres ». Aucun barrage de police, aucune équipe sanitaire n’est visible alentour. En réalité, la mesure semble se limiter à la capture et la destruction des volailles existantes. Difficile aussi de discipliner les Stanbouliotes, occupés aux préparatifs de la grande fête de l’Aïd, la fête du sacrifice. Même s’ils ont entendu dire à la télévision que leur quartier avait lui aussi connu l’apparition du virus, les habitants ne paraissent pas particulièrement concernés. Sur le marché populaire installé sous des bâches où l’on fait ses dernières courses avant l’Aïd, Mustafa, le vendeur de volailles, s’insurge : « Personne n’est venu nous empêcher de vendre, il faut bien écouler notre stock. » Les autorités ont pourtant décrété depuis hier matin une interdiction totale de vente « en plein air » de volailles et d’oeufs. Mais là aussi, le contrôle manque d’efficacité. Avec l’apparition de cas de maladies dans de plus en plus de provinces, les Turcs prennent cependant conscience de la gravité de la situation. « Les gens sont de plus en plus nombreux à nous demander quelles sont les règles d’hygiène à respecter », affirme Semra Yorganci. Au total, depuis le début janvier, quatorze cas de contamination humaine, dont deux mortels, ont été recensés en Turquie, premier pays touché par la forme humaine de la maladie en dehors de l’Extrême-Orient. Les cas de contagion d’homme à homme suspectés à Istanbul se sont avérés négatifs mais le virus H5N1, « hautement pathogène », selon l’OMS, a contaminé des personnes jusqu’à Ankara. L’épizootie s’est étendue à l’ensemble du territoire et les derniers cas de grippe sur les animaux confirment son déplacement vers l’Ouest. Donc vers le continent européen. Jérôme Bastion