Catastrophe au Japon: «Les Japonais ont généralement bien résisté au séisme sur le plan psychologique»

INTERVIEW Christian Navarre, psychiatre et auteur de «Psy des catastrophes: dix années auprès des victimes» (Editions Imago, 2007) revient sur le traumatisme subi par les Japonais...

Propos recueillis par Delphine Bancaud
— 
Une jeune fille en isolement après avoir été iradiée parle à sa mère à travers une vitre à Nihonmatsu, le 14 mars 2011.
Une jeune fille en isolement après avoir été iradiée parle à sa mère à travers une vitre à Nihonmatsu, le 14 mars 2011. — Y. NAKAO / REUTERS

Comment les Japonais réagissent-ils aux différentes catastrophes des derniers jours?

Ils ont subi plusieurs traumatismes dans un temps très rapproché. Bien qu’ils aient souffert de la disparition de proches et de la perte de leur maison pour certains, ils ont généralement  bien résisté au séisme sur le plan psychologique, comme le prouve l’absence de scène de panique. Quant au tsunami, il a généré une montée du stress, mais là encore assez maitrisée.

Comment expliquer cela?

Dès l’enfance, ils sont préparés  à ce type de risques et apprennent des réflexes de protection.  Par ailleurs, les asiatiques appréhendent différemment la mort que les occidentaux. Même si la perte de l’autre est douloureuse, il y a chez eux, une acceptation des forces de la nature et du destin.


Comment vont-ils pouvoir vivre avec la menace d’une éventuelle contamination radioactive?

L’attente anxieuse conduit à sentiment d’impuissance très dommageable. Pour surmonter ce stress, les Japonais vont devoir s’appuyer sur la solidarité et faire confiance aux autorités sanitaires. Il faut impérativement que ces dernières fassent preuve de transparence.  Et n’oublions pas que les Japonais ont une antériorité des catastrophes; ils ont chaque fois eu le désir de reconstruire. Ce sera encore le cas, même si cette fois-ci, cela prendra du temps.