Bahreïn: le roi appelle au dialogue, climat de tension

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La monarchie de Bahreïn a accédé dimanche soir à des demandes de l'opposition pour favoriser un dialogue national alors que les incidents entre manifestants chiites et forces de l'ordre se multiplient, générant un climat de vive tension dans le petit royaume du Golfe.

Signe de cette tension, des manifestants ont coupé dans la soirée de nombreuses routes et les commerces ont abaissé leurs rideaux de fer dans le centre de Manama, d'habitude animé, selon un correspondant de l'AFP.

Des dizaines de personnes ont été hospitalisées après des tirs de gaz lacrymogènes de la police dimanche à Manama sur des manifestants, dont certains tentaient de bloquer l'accès au district financier.

C'est la première fois depuis le 19 février que la police intervient contre des manifestants qui campent sur la place de la Perle pour réclamer des réformes à Bahreïn, petit royaume où la population locale est en majorité chiite et qui est gouverné par une dynastie sunnite.

Dans ce climat de tension, le prince héritier Salman ben Hamad Al-Khalifa a accepté dimanche soir que le dialogue avec l'opposition porte "sur un Parlement aux pleins pouvoirs" et sur "un gouvernement qui représente la volonté du peuple".

Le prince héritier a été chargé par le roi Hamad ben Issa Al-Khalifa d'entamer le dialogue avec les opposants mais le puissant mouvement chiite Wefaq y a posé des conditions, dont la démission du gouvernement.

L'opposition réclame que le gouvernement reconnaisse "le droit du peuple à élire un Parlement à plein pouvoirs législatifs" et son droit "d'avoir un gouvernement élu".

Les Etats-Unis ont "fermement" condamné les violences et exhorté "le gouvernement de Bahreïn à mener un dialogue pacifique et constructif avec l'opposition plutôt qu'à recourir à la force", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

Washington a des relations étroites avec le royaume de Bahreïn, qui accueille la Ve Flotte américaine.

Le roi a souhaité voir "toutes les parties s'asseoir rapidement autour de la table du dialogue national, avec des intentions sincères, pour arriver à un consensus" sur les moyens de sortir le royaume de sa crise, a rapporté l'agence officielle Bna.

La contestation a démarré le 14 février et avait fait à ses débuts sept morts parmi les manifestants.

Après la dispersion de la manifestation de dimanche, 207 personnes ayant inhalé des gaz lacrymogènes ont été soignées à l'hôpital. Trois d'entre elles sont dans un état critique, dont une personne ayant reçu des coups à la tête. Aucun manifestant n'a cependant été blessé par balle, selon des sources médicales.

En outre, 14 policiers ont été blessés dans des heurts avec les manifestants devant le district financier, selon le ministère de l'Intérieur.

Les policiers ont démantelé des tentes que les manifestants, environ 350 selon le ministère, avaient dressées à l'entrée du district financier de Bahreïn. Mais le campement s'est reformé peu après.

A l'Université de Bahreïn, des civils masqués ont attaqué dimanche à coups de bâton et d'épée des étudiants de l'opposition qui observaient un sit-in, selon des employés de l'établissement.

L'Union générale des syndicats de travailleurs de Bahreïn a lancé un appel à la grève générale, qualifiant la dispersion des manifestants dimanche de "violation des droits de l'Homme" et appelant le gouvernement à "parvenir au plus tôt à des solutions radicales avec les forces politiques, pour sauver le pays".