Istanbul: manifestation de soutien aux journalistes turcs arrêtés

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Des milliers de personnes, intellectuels, journalistes et membres de l'opposition ont manifesté dimanche à Istanbul pour exiger la libération de plusieurs journalistes incarcérés dans le cadre d'une enquête sur un présumé complot, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les manifestants, parmi lesquels des présentateurs de télévision connus, ont défilé au centre-ville aux cris de "Gangs en liberté, presse en prison" pour dénoncer le sort fait récemment à quatre journalistes, dont l'inculpation a porté à 68 le nombre de journalistes emprisonnés en Turquie selon la profession.

Ces quatre journalistes, ainsi qu'un universitaire, ont été arrêtés le 3 mars. Ils sont soupçonnés dans un présumé complot contre le gouvernement islamo-conservateur, sur lequel la justice turque mène une enquête controversée depuis 2007.

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, qui se défend de toute ingérence, affirme pour sa part qu'il y a 27 journalistes en prison en Turquie et aucun pour des motifs liés à l'exercice de leur métier.

"Liberté pour les journalistes", "Justice maintenant", "Non aux écoutes" proclamaient les manifestants sur des banderoles. Des photographies de journalistes arrêtés ou assassinés étaient brandies à côté de journaux portant des titres en faveur de la liberté de la presse, selon le photographe de l'AFP et des images de télévision.

Les arrestations du 3 mars avaient déjà donné lieu le lendemain à des manifestations rassemblant plusieurs milliers de personnes à Ankara et Istanbul. Elles avaient aussi suscité la réprobation de l'Union européenne, des Etats-Unis et d'organisations internationales qui s'inquiètent pour la liberté d'opinion en Turquie.

L'incarcération samedi de Nedim Sener, distingué en 2010 par l'Institut international de la presse (IPI) pour son livre consacré à l'assassinat en 2007 en Turquie du journaliste arménien Hrant Dink, et d'Ahmet Sik, considéré comme l'un des premiers journalistes à avoir fait état d'un complot de généraux contre le gouvernement, ont en particulier suscité l'indignation.

Depuis le lancement de l'enquête sur le réseau Ergenekon, en juin 2007, plusieurs dizaines de personnes, dont des généraux, des journalistes et des chefs de la pègre, ont été écroués.

Saluée par les milieux pro-gouvernementaux comme une avancée dans la lutte pour un Etat de droit, l'enquête est dénoncée par les cercles pro-laïcité qui y voit une manoeuvre gouvernementale pour réduire au silence l'opposition et poursuivre une islamisation rampante du pays.