Une marée humaine à Beyrouth pour dire "non" à l'arsenal du Hezbollah

© 2011 AFP

— 

Des dizaines de milliers de Libanais ont manifesté dimanche à Beyrouth contre l'arsenal du Hezbollah, à l'occasion du 6e anniversaire de la "Révolution du Cèdre" déclenchée après le meurtre de Rafic Hariri pour lequel le puissant parti chiite s'attend à être mis en cause.

"Le peuple veut faire tomber les armes (du Hezbollah)", scandait la foule, rassemblée sous haute sécurité sur la place des Martyrs au centre-ville, en écho au slogan des révoltes arabes, et portant des pancartes proclamant "Non à l'oppression", "Non aux assassinats", "Non au diktat des armes".

"Il est impossible que l'arsenal (du Hezbollah) continue d'être brandi face à la volonté démocratique du peuple, face à la justice et face à la vérité", a déclaré à la tribune le Premier ministre en exercice Saad Hariri, fils du dirigeant assassiné, qui avait appelé à ce rassemblement monstre.

Le Hezbollah chiite, un allié de la Syrie et de l'Iran, est accusé d'avoir mené un "coup d'Etat" en renversant le gouvernement de Saad Hariri le 12 janvier "sous la pression des armes".

Pendant des mois, le puissant mouvement avait tenté en vain d'obtenir de M. Hariri de cesser toute coopération avec le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) chargé d'enquêter sur le meurtre de son père, que le Hezbollah accuse d'être "à la solde d'Israël et des Etats-Unis".

"Il nous est impossible d'accepter que le Liban soit de nouveau soumis à une tutelle étrangère ou à une tutelle des armes (...) au service de l'étranger", a-t-il ajouté par une foule en délire, en référence au soutien irano-syrien au Hezbollah.

"Nous sommes là pour annoncer une deuxième Révolution du Cèdre jusqu'à la disparition du mini-Etat et de l'installation de l'Etat" de droit, a lancé auparavant le chrétien Samir Geagea, l'un des ténors du camp mené par Saad Hariri et appuyé par l'Occident et l'Arabie saoudite.

La "Révolution du Cèdre" déclenchée dans la foulée de l'assassinat de Rafic Hariri et marquée par d'importantes manifestations avait contraint la Syrie voisine de retirer ses troupes du pays après 30 ans de tutelle politico-militaire.

"Non aux armes, oui à la vie. Je participe à ce rassemblement parce que la situation est devenue intenable. Avec les armes (du Hezbollah), il n'y a plus d'Etat et nous, nous voulons l'Etat", affirme à l'AFP Adnane Antar, 65 ans, venu de Tripoli (nord).

Pour Mira, partisane de 22 ans de Saad Hariri, ce sont la vérité sur l'assassinat de Rafic Hariri et le TSL qui sont visés. "Nous ne permettrons pas cela. Si le Hezbollah ne veut pas abandonner son arsenal, que nos leaders nous donnent des armes pour que nous-mêmes en finissons avec cet arsenal".

Seul mouvement libanais à ne pas avoir déposé les armes après la guerre civile (1975-1990), le Hezbollah, qui prône la lutte contre Israël, estime que son arsenal est nécessaire pour défendre le pays, tandis que le camp Hariri estime que c'est l'Etat qui doit détenir le monopole des armes.

Vendredi, M. Hariri a laissé entendre que le Hezbollah avait "peur" de la vérité sur l'assassinat de son père le 14 février 2005 à Beyrouth, affirmant que l'arsenal ne lui "servirait à rien face à la vérité".

Le TSL doit rendre un acte d'accusation dans lequel des membres du parti chiite seraient désignés, selon de nombreux médias occidentaux.

Une éventuelle implication du Hezbollah dans ce meurtre qui a divisé Liban en deux camps, fait craindre une résurgence des violences notamment à caractère confessionnel entre les partisans du parti chiite et ceux du sunnite Saad Hariri.

En 2008, des heurts les avaient déjà opposés pendant une semaine faisant une centaine de morts.