Abidjan: Le camp pro-Ouattara dénonce des «tueries aveugles» après «l'offensive du désespoir»

CÔTE D'IVOIRE e quartier d'Abobo, acquis à Ouattara, se remet de l'attaque des pro-Gbagbo de samedi...

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Plusieurs corps sont recouverts d'un drap le 13 mars 2011, au lendemain de l'offensive des forces pro-Gbagbo dans le quartier d'Abobo, acquis à Ouattara
Plusieurs corps sont recouverts d'un drap le 13 mars 2011, au lendemain de l'offensive des forces pro-Gbagbo dans le quartier d'Abobo, acquis à Ouattara — AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Les habitants d'Abidjan étaient dimanche sous le choc des affrontements de la veille dans le quartier populaire d'Abobo entre les militaires fidèles au président ivoirien sortant Laurent Gbagbo et les insurgés favorables à son rival Alassane Ouattara. Mais sur le terrain, l'offensive des forces pro-Gbagbo, appuyée par des blindés et des hélicoptères, ne semble pas avoir fait bouger les lignes dans ce fief d'Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale comme le président élu.

«On a du mal à apprécier le bilan de ces actions, les effets concrets sur le terrain. Un véhicule qui passe sur une avenue et qui tire à l'aveuglette, cela change quoi?», a souligné un observateur de la crise ayant requis l'anonymat.

Au fil des jours, les opposants armés à Laurent Gbagbo qui refuse de céder le pouvoir après le scrutin du 28 novembre, avancent toujours plus dans le sud d'Abobo et sont aujourd'hui tout près du quartier résidentiel de Cocody où se se trouve notamment la radio-télévision publique. Aucun bilan n'était disponible dimanche. Des témoignages font état d'au moins un corps recouvert d'un sac près de l'église Sainte-Monique d'Abobo et de plusieurs blessés.

«La peur de notre vie»

Le camp Ouattara a dénoncé samedi des «tueries aveugles» de «civils innocents», qualifiant l'opération, la première d'envergure depuis le début de la crise post-électorale fin novembre, d'«offensive du désespoir» du pouvoir.

«Pendant six heures (samedi), on a entendu les balles siffler, on a eu la peur de notre vie», a raconté à l'AFP un cadre de banque habitant à Angré, au nord du quartier résidentiel de Cocody et à proximité immédiate des combats dans le sud du quartier d'Abobo. «Depuis longtemps, on entendait des échos des combats d'Abobo mais cette fois, nous l'avons vécu», a-t-il souligné.

Un calme précaire

Un important déploiement des forces de sécurité pro-Gbagbo était visible dimanche matin dans le quartier d'Angré. Les militaires pro-Gbagbo tenaient notamment un barrage sur un axe routier reliant Angré à Abobo. Mais à Abobo comme à Angré, la vie reprenait progressivement, les commerces avaient rouvert, les minibus circulaient, des habitants se rendaient à l'église.

«La nuit, il n'y a pas eu des tirs, c'était calme», a confirmé une habitante d'Abobo, la commune la plus peuplée d'Abidjan avec 1,5 million d'habitants. «Ce (dimanche) matin, c'est toujours calme, les gens sont allés à l'église. Mais l'électricité était coupée par endroit».

Gbagbo s'accroche

Pour l'instant, les violences dans la capitale économique sont limitées à Abobo et ses environs immédiats. Mais les activités sont fortement ralenties dans les autres quartiers. Cette brutale dégradation de la situation intervient après le sommet jeudi de l'Union africaine à Addis Abeba ayant confirmé le blocage politique: si l'UA a confirmé Alassane Ouattara comme président élu, le camp Gbagbo a catégoriquement rejeté cette position.

Le président sortant a tenu samedi soir «à rassurer la population quant à l'issue certaine de cette crise» post-électorale, selon un communiqué lu à la télévision. Il «appelle toute la population à rester calme et l'informe qu'il s'adressera bientôt à toute la nation». Pendant ce temps, Alassane Ouattara enchaînait les rencontres avec ses alliés régionaux. Après s'être rendu à Addis Abeba, au Nigeria et au Burkina, il est attendu au Sénégal.