« Nous ouvrons un restaurant, pas un mémorial »

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De notre correspondant Le 11 septembre 2001, Jean Pierre aurait dû être au travail, dans les cuisines de Windows on the World, le restaurant situé au sommet du World Trade Center. Mais ce jour-là, pour cause de travaux de rénovation, il n’avait pas à venir avant 10 h. Ses amis de grade inférieur, eux, étaient déjà là. Soixante-treize sont morts dans l’attentat. Plus de quatre ans plus tard, Jean Pierre, d’origine haïtienne, est le chef adjoint de l’établissement qu’il va ouvrir en fin de semaine à Manhattan avec certains de ses anciens collègues, survivants comme lui. Dans la salle du Colors, rien ne rappelle pourtant la tragédie. « Nous ouvrons un restaurant, pas un mémorial », explique Stefen Mailvajamam, le directeur. Surtout, assure Jean Pierre, « c’est un projet pour les droits des travailleurs ». L’établissement est une coopérative, une première dans la restauration new-yorkaise. Une idée née des difficultés que les anciens de Windows ont eues pour retrouver du travail. Ici, le salaire sera de 13,50 dollars l’heure – plus de deux fois celui d’un plongeur dans les restaurants de Manhattan – avec, à sa tête, un entrepreneur immigré. Pour rassembler les 2,5 millions de dollars d’investissement, ils n’ont trouvé aucun investisseur privé, à qui l’idée de coopérative et le souvenir du 11 Septembre ne disait rien qui vaille. Il leur a fallu le soutien de fondations et d’une coopérative d’Italie du Nord. Et une foi inébranlable dans le rêve américain. Emmanuel Saint-Martin