Des milliers de gardes bravent l'interdiction de marcher dans Alger

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Des milliers de gardes chargés de suppléer la gendarmerie algérienne dans les villages ont bravé lundi l'interdiction de manifester à Alger en forçant plusieurs cordons de police pour marcher jusqu'à l'Assemblée nationale en faveur d'une hausse de salaire.

Les manifestants venus de 35 départements sur 48, s'étaient d'abord rassemblés sans incidents place des Martyrs, au centre d'Alger.

Leur colère a pris de l'ampleur après qu'une délégation envoyée rencontrer le Premier ministre Ahmed Ouyahia soit revenue bredouille.

Les manifestants ont forcé un premier cordon de police et se sont dirigés vers l'Assemblée nationale, à quelque 500 mètres de là. Deux autres cordons de policiers ont cédé sous leur pression.

Les manifestants ont réussi a atteindre l'Assemblée où ils ont été encerclés par des renforts de police dépêchés à la hâte. Une délégation a été reçue par le président de l'Assemblée nationale Abdelaziz Ziari.

"M. Ziari a estimé que nos revendications étaient raisonnables et légitimes. Il s'est engagé à les transmettre au président Bouteflika. Il doit nous rendre une réponse dans la journée", a déclaré à l'AFP un membre de la délégation.

Des échauffourées ont éclaté entre protestataires et policiers quand ces derniers ont tenté de disperser les manifestants qui ont réussi à rester rassemblés devant l'assemblée.

Les manifestants se sont finalement dispersés dans le calme dans la soirée, vers 20H30 GMT, après le retour d'une délégation de gardes, partie deux heures plus tôt rencontrer le ministre de l'Intérieur Dahou Ould Kablia.

"Nous sommes tombés d'accord sur la mise en place d'une commission chargée de la prise en charge des revendications du corps des gardes communaux", a déclaré à l'AFP un membre de la délégation à l'issue de cette rencontre.

Cette commission comprendra trois représentants des gardes communaux, un représentant du ministère de l'Intérieur, une représentant, de la police et un autre de la gendarmerie, a-t-il précisé.

Les gardes communaux réclament une augmentation salariale, une réduction du nombre d'heures travaillées et des indemnités de service à l'instar de tous les autres corps de sécurité. Ils exigent que cette hausse soit rétroactive à janvier 2008.

Ils s'opposent également à l'incorporation des deux tiers (60.000 hommes environ) de leurs effectifs dans les rangs de l'armée en cas de dissolution de ce corps, envisagée dans un projet de redéploiement de la garde communale, et revendiquent une retraite anticipée.

Ce corps de quelque 93.000 hommes avait été crée en 1994 pour suppléer la gendarmerie dans les villages algériens.

Cette manifestation à Alger intervient après cinq marches avortées de l'opposition depuis le 22 janvier, toutes bloquées par la police.

Samedi, trois marches auxquelles avait appelé une faction de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) ont tourné court, les manifestants ayant été bloqués par la police et des militants agressifs favorables au pouvoir.

La CNCD, créée le 21 janvier dans la foulée des émeutes de janvier qui ont fait cinq morts et plus de 800 blessés, s'est scindée en février entre partisans de manifestations et la société civile et des syndicats autonomes plus favorables à un travail de fond.

Les manifestations sont interdites à Alger depuis juin 2001 où une gigantesque marche en faveur de la Kabylie avait tourné à l'emeute faisant huit morts.

Selon des manifestants, quelque 4.400 gardes communaux, qui participent à la lutte contre les islamistes dans les communes, ont été tués depuis 1994.