Les révolutionnaires libyens, un groupe hétéroclite de combattants sans meneur

DÉCRYPTAGE es anti-Kadhafi sont des intellectuels, des opposants historiques, des jeunes, des «volontaires», des déserteurs de l'armée, et même d'anciens proches, qui agissent sans concertation...

Bérénice Dubuc

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Des opposants patientent à un poste de contrôle avec des lance-roquettes à Brega, Libye, le 3 mars 2011.
Des opposants patientent à un poste de contrôle avec des lance-roquettes à Brega, Libye, le 3 mars 2011. — G. TOMASEVIC / REUTERS

La presse les surnomme «les révolutionnaires», «les anti-Kadhafi» ou encore «les rebelles». Pour Mouammar Kadhafi, ce sont des jeunes sous l’influence de drogues ou d’Al-Qaida, et qui veulent imiter les révolutions tunisiennes et égyptiennes. Qui sont vraiment les opposants au régime du «Guide suprême» libyen, qui se battent depuis maintenant 19 jours? 20minutes.fr brosse leur portrait.

Des opposants historiques à Kadhafi

Le 17 février dernier, c’est à Benghazi qu’a commencé l’insurrection libyenne. La deuxième ville du pays est aussi, historiquement, le fief de l’opposition au «Guide suprême». La rébellion libyenne a ainsi débuté en un «Jour de Colère» le 17 février contre l’arrestation de Fathi Terbil, un avocat et activiste défenseur des droits de l’homme, qui représentait les familles des quelque 20.000 détenus massacrés à la prison d’Abou Salim à Tripoli le 29 juin 1996, pour s’être rebellés contre la façon inhumaine dont ils étaient traités.

Et, lors des manifestations, les opposants en sont venus à réclamer un véritable Etat de Droit, que le peuple soit dirigé par le peuple, et un groupe de quelque 213 personnalités de la société civile libyenne –activistes politiques, avocats, étudiants - a également appelé à la démission de Kadhafi. Lorsque la répression est devenue sanglante, les leaders séparatistes opposés à Kadhafi ont aussi pu placer aux côtés des manifestants leurs forces armées.

Des jeunes

Comme en Tunisie et en Egypte, les appels à descendre dans les rues et à faire tomber le régime de Kadhafi ont été relayés par la jeunesse libyenne sur Twitter et Facebook via des groupes appelant au «soulèvement le 17 février». Et, après les manifestations, les jeunes se sont transformés en insurgés combattant contre les forces fidèles de Mouammar Kadhafi. Ils se surnomment des «volontaires», viennent de la société civile, ont moins de 30 ans, et une formation militaire très succincte.

Des «volontaires» de tous âges

Cependant, dans les rangs de ces bandes de rebelles improvisés, tous les âges se côtoient. Les hommes valides de tous âges, dont certains ont même une barbe grise et une petite bedaine, se pressent dans les centres de recrutement de Benghazi, rapporte le LA Times.

D’autres décident contre toute attente de se jeter dans la bataille contre Kadhafi comme Khaled Zarok Attghdi, un commerçant de 45 ans, qui vivait en Grande-Bretagne depuis 12 ans et était revenu en Libye pour rendre visite à sa famille à Tripoli. Mais voyant à la télévision que des combats avaient lieu à Brega, il est parti avec un ami pour rejoindre les révolutionnaires. Tous deux ont été tués par un missile de l’aviation libyenne.

Des déserteurs

Autre composante de la rébellion libyenne: les unités de l’armée fidèle à Kadhafi qui ont fait défection. Ils constituent quelque «10%» des forces armées de la rébellion, si l’on en croit Bachir Abdel Gadir, un colonel de l'armée régulière qui a rallié l'insurrection. Mais, même parmi les soldats qui n’ont pas déserté, la loyauté au régime semble toute relative, notamment dans l’armée de l’air, dont les pilotes semblent beaucoup manquer leurs cibles.

Des membres du régime qui ont retourné leur veste

A côté des militaires, les politiciens aussi changent de bord. Il en va ainsi de Mustafa Abdel Jalil, ancien ministre de la Justice, qui a démissionné pour protester contre la répression de la révolte, et qui est aujourd’hui à la tête du Conseil national libyen, ou encore de Ali Essaoui, ancien ambassadeur en Inde qui a démissionné le mois dernier, et qui fait désormais partie du CNL.

Autre défection de poids, celle de l’ancien ministre de l’Intérieur, Abdel Fattah Younes al-Abidi, général et ancien proche de Kadhafi dont la défection a incité de nombreux membres des services de police, de l’armée et des forces de sécurité à retourner leur veste.

Des rebelles improvisés

Mais, malgré le pendant politique qu’est désormais le Conseil national libyen, la rébellion n’est pas organisée. «C’est une milice de gens ordinaires», comme l’explique Idris Laga, membre du Conseil, qui ajoute qu’il va falloir mettre en place une force militaire bien structurée, soulignant que, pour le moment «tout le monde agit de son côté». Les déserteurs de l’armée servent d’instructeurs aux unités anti-Kadhafi, et tentent bien de les canaliser, mais la tâche est difficile.

Que faire face à l’enthousiasme de recrues qui n’hésitent pas à sauter dans un taxi pour aller donner un coup de mains aux rebelles mis à mal à Misrata ou à Tripoli? Mais tout ira bien, selon Mutaz Mughrati, directeur d’un centre de recrutement à Benghazi: «Nous comptons sur le courage et l’enthousiasme de nos volontaires, qui peuvent réussir avec seulement une Kalachnikov ou un couteau.»