L'AIEA inquiète du programme nucléaire iranien

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L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a renouvelé lundi ses inquiétudes concernant une éventuelle visée militaire du programme nucléaire iranien, au premier jour de la réunion du conseil des gouverneurs.

"Nous ne disons pas que l'Iran a un programme d'armement nucléaire. Nous avons des inquiétudes et voulons clarifier la question", a déclaré le directeur général de l'AIEA, Yukiya Amano, au cours d'une conférence de presse.

Depuis la précédente réunion de décembre, "nous avons reçu des informations qui font augmenter les inquiétudes", a-t-il insisté.

Dans son dernier rapport sur l'Iran, sorti il y a une dizaine de jours, l'agence onusienne -qui enquête depuis plus huit ans sur l'Iran- avait notamment fait état "d'activités nucléaires secrètes, présentes ou passées (...) y compris des activités de développement d'une tête nucléaire pour un missile". Il y a des signes que certaines de ces activités aient peut-être continué, contrairement à ce qui était supposé auparavant, après 2004, selon le rapport.

La république islamique défie la communauté internationale en poursuivant son enrichissement d'uranium en dépit de plusieurs résolutions de l'ONU assorties de sanctions. En tant que signataire du traité de non-prolifération nucléaire, le pays revendique le droit à enrichir de l'uranium pour pouvoir produire de l'électricité et à des fins de recherche médicale.

Mais poussé à un haut degré de pureté, l'enrichissement d'uranium peut servir à fabriquer l'arme atomique.

Faute de pleine coopération de Téhéran, la question du caractère, militaire ou pacifique, du programme n'est pas prête d'être clarifiée, a regretté le Japonais.

Les 35 membres du conseil des gouverneurs, qui se réunissent à huis clos jusqu'à vendredi, vont aussi débattre de l'autre dossier casse-tête, celui de la Syrie.

L'AIEA cherche de longue date à accéder à plusieurs sites suspects, le premier d'entre eux étant celui d'Al-Kibar, bombardé en septembre 2007 par Israël en raison de soupçons de projets de construction d'un réacteur nucléaire.

Le manque de coopération de Damas "empêche l'agence de progresser" dans ce domaine, a regretté M. Amano dans son discours aux gouverneurs.

Le pays a néanmoins fait montre d'une légère ouverture en acceptant l'envoi d'inspecteurs sur son site de Homs, dans l'ouest de la Syrie. La date retenue est le 1er avril. "Cela ne résout pas tous les problèmes", a reconnu le chef de l'AIEA, mais "pourrait être un pas en avant".

La Syrie n'a plus accepté d'inspecteurs sur son sol depuis juin 2008.

Alors que plusieurs pays, Etats-Unis en tête, font depuis plusieurs mois pression pour infliger à la Syrie une résolution voire demander des "inspections spéciales", cette concession devrait lui offrir un répit, au moins jusqu'à la prochaine réunion du conseil de juin prochain. L'Iran ne devrait pas non plus être épinglé cette semaine, indiquent des diplomates à Vienne.

Les troubles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, et l'indécision des puissances occidentales sur les mesures à adopter, parlent aussi en faveur d'un report d'une éventuelle action de l'AIEA à l'encontre de l'Iran et de la Syrie à une date ultérieure, soulignent-ils.

M. Amano a aussi brièvement évoqué le cas de la Corée du Nord, demandant au pays d'autoriser de nouveau à ses inspecteurs l'accès à ses sites nucléaires, après la révélation l'an passé de l'existence d'une nouvelle usine d'enrichissement d'uranium.

Le programme nucléaire de Pyongyang, "reste un sujet d'inquiétude pour la région du l'Asie du Nord-est et au delà", a-t-il dit.