Gaz : le coup de poker de la Russie

© 20 minutes

— 

Moscou tente le tout pour le tout. Alors que le conflit gazier perdure, la Russie a demandé officiellement hier à l’Union européenne de faire pression sur Kiev pour que l’Ukraine assure le transit du gaz russe vers l’Europe et s’abstienne d’en prélever « illégalement ». La stratégie de la Russie, premier producteur mondial de gaz, ressemble à un coup de poker. Cette fois, il s’agit de rallier l’Europe à sa cause contre l’Ukraine, à qui elle a coupé le gaz dimanche. Officiellement, le différend est économique, Kiev refusant de payer le gaz russe quatre fois plus cher que jusqu’à présent. Officieusement, Moscou a voulu punir cette ex-République soviétique pour son émancipation pro-occidentale depuis la « révolution orange » en 2004. Mais dans cette affaire, Moscou, qui préside le G8 depuis dimanche, comptait aussi démontrer sa force de frappe auprès des Européens. L’objectif est atteint : la baisse d’approvisionnement en gaz enregistrée dans l’UE lundi leur a rappelé à quel point ils étaient dépendants de la Russie. Trop ? « Le pari était risqué et Moscou est en passe de le perdre. Car, à l’heure où un gazoduc reliant la Russie et l’Allemagne va être construit, les Européens vont se demander s’il est sage d’accroître cette dépendance énergétique à la Russie », analyse Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes. En promettant le retour à la normale pour hier soir, Gazprom voulait montrer qu’elle était un partenaire fiable auprès des Européens. Or, c’est bien le message inverse qui pourrait passer. Faustine Vincent

ambitions La Russie vise aujourd’hui le marché américain. Mais il faudra pour cela qu’elle se rode aux techniques – coûteuses – du gaz liquéfié, qui nécessite un transport par camion.