L'opposition bloquée par des contre-manifestants à Alger, la police se déploie

© 2011 AFP

— 

L'opposition algérienne s'est donné rendez-vous samedi pour trois marches interdites à Alger mais dans l'un des quartiers la police s'est renforcée avec casques et matraques face à des contre-manifestants qui ont occupé le terrain, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ces derniers, au nombre d'une cinquantaine, étaient munis de portraits du président Abdelaziz Bouteflika et de pétards qu'ils faisaient exploser face à quelques dizaines d'opposants au régime vite disséminés parmi les badauds.

Aux cris de "Bouteflika n'est pas Moubarak", l'ex-président égyptien chassé par la foule le 18 février, ils ont réussi à empêcher l'arrivée en voiture sur la place d'El Madania, en plein centre, de l'un des chefs de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), Said Sadi.

Il a pu à peine sortir de sa voiture, rapidement bloquée par les contre-manifestants, et a crié en direction de ses partisans: "nous continuerons à marcher quelles que soient les mesures prises par le régime pour nous en empêcher".

Rapidement des dizaines de policiers casqués et armés de matraques sont arrivés pour se positionner tout autour de la placette d'El Madania pour séparer les manifestants, selon un correspondant de l'AFP.

Les marches de samedi sont les cinquièmes initiées depuis le 22 janvier.

Dans le quartier de Hussein Dey, face au tribunal, une dizaine de manifestants arrivés une heure avant la marche, parmi lesquels deux députés du RCD et Me Ali Yahia Abdennour, président d'honneur de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), âgé de 90 ans, ont été ceinturés par les forces de l'ordre et bloqués.

A l'ouest d'Alger, sur la placette de Ain Benian, des barrières avaient été érigées dès le début de la matinée pour bloquer l'accès aux piétons tandis que des véhicules blindés et un gros contingent de policiers casqués surveillaient les alentours. Peu avant dix heures, aucun manifestant ne semblait présent, selon un photographe de l'AFP.

M. Sadi a accusé les autorités d'avoir interdit les marches ailleurs qu'à Alger alors que ces dernières ont toujours affirmé que l'interdiction s'appliquait à la seule capitale.

Selon lui, la ville de Batna (430 km au sud-est d'Alger) s'est vu interdire une marche pour ce samedi.

A Oran, la grande ville de l'ouest algérien, une marche était également prévue à l'appel de la CNCD depuis la Place du 1er Novembre, mais elle a été interdite, selon l'opposition.

Selon un correspondant sur place, il y aurait eu près d'une centaine d'interpellations, dont des journalistes et le représentant local de la CNCD Kaddour Chouicha avant même le début de la marche à 11H00 (10H00 GMT).

La CNCD, créée le 21 janvier dans la foulée des émeutes du début de l'année qui ont fait cinq morts et plus de 800 blessés, s'est scindée le mois dernier entre partisans de démarches politiques dans les rues et la société civile et des syndicats autonomes plus favorables à un travail de fonds.