Les colons de Havat Gilad en colère se vengent en s'agrandissant

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Les colons de Havat Gilad fulminent. "Notre vengeance sera de construire le double de maisons qui ont été détruites", assure Ilana, une habitante de cette implantation illégale de Cisjordanie après l'intervention musclée de la police israélienne.

Une vingtaine de jeunes s'affairent à reconstruire une tente, sur fond de musique celtique irlandaise, avec l'aide des habitants de la colonie, un bastion des juifs extrémistes dans le nord de la Cisjordanie.

Havat Gilad ("La ferme de Gilad"), construite en 2002 à la mémoire de Gilad Zar, un colon tué par des Palestiniens, compte une vingtaine de familles, pour la plupart des jeunes couples, qui vivent dans des mobile-homes.

"C'est notre terre et, si nous ne sommes pas là, ce seront des Arabes qui l'occuperont", explique Ilana Shimon, arrivée il y a quatre ans avec son mari à Havat Gilad, à un petit groupe de chrétiens norvégiens venus les soutenir.

"Ce sont de vrais pionniers, on détruit leurs maisons et ils reconstruisent aussitôt", s'exclame, admirative, Guru Weneske, une Norvégienne qui se dit "une amie d'Israël et du peuple juif¨.

Pendant ce temps, un groupe de jeunes juifs s'emploie à monter une tente pour remplacer celle dans laquelle ils dormaient encore la veille. Des chèvres et des chiens se promènent entre les affaires des habitants.

"Ils sont arrivés à cinquante au milieu de la nuit et nous ont menottés, jetés dehors et en quelques minutes ils ont tout cassé", raconte Shmouël, 17 ans, depuis deux ans à Havat Gilad, en parlant des policiers qui ont démoli lundi une caravane, une tente et les fondations d'une maison.

"On se renforce de chaque coup qu'on reçoit. On ne va pas baisser les bras", affirme-t-il.

Certains ont appelé à une "journée de la colère" jeudi pour protester contre la "répression policière" à Havat Gilad.

Les colons les plus extrémistes pratiquent souvent une politique de représailles --dite du "prix à payer"-- qui consiste à se venger sur des cibles palestiniennes à chaque fois que les autorités israéliennes prennent des mesures jugées hostiles à la colonisation.

"Le gouvernement doit comprendre que ce n'est pas payant de détruire nos maisons et nous allons leur faire regretter ce qui s'est passé ici", confie le rabbin Meir Goldmintz, qui enseigne dans la yeshiva locale (séminaire talmudique) Shirou Lamelekh ("Chanter pour le Roi").

"Dieu est le roi !", proclame un graffiti sur le mur de cette yeshiva.

Pour les habitants de Havat Gilad et de plusieurs colonies de la région de Naplouse, la loi divine passe avant celle des hommes.

"Il y a dans la région des villages dans lesquels des Arabes vivent provisoirement en attendant que nous reprenions ce qui est nôtre. Nous allons leur rendre visite (jeudi) puisque le gouvernement n'agit pas contre eux mais contre nous", menace le rabbin.

Un des habitants arrêtés lundi lors des affrontements avec la police arrive sur le site où il est accueilli par des cris de joie.

Après avoir raconté sa journée passée au poste, il retrousse ses manches et vient aider ses camarades à installer des parois en préfabriqué sur une armature de plastique installée dans la matinée.

"Je me sens bien ici, c'est une grande famille où chacun vient en aide aux autres", explique Shmouel, qui dit "ne pas craindre que la police revienne".

"Ils viennent détruire et nous construisons, nous ne perdons jamais espoir", assène-t-il.