Insurrection en Libye: l'UE convoque un sommet extraordinaire

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L'Union européenne a décidé mardi de convoquer un sommet extraordinaire de ses dirigeants le 11 mars pour définir une réponse commune aux bouleversements en Libye et en Afrique du Nord, aider les pays concernés et se préparer à un éventuel afflux de réfugiés.

"Au vu de l'évolution de la situation au Sud de l'Union européenne et en particulier en Libye, j'ai convoqué un Conseil européen extraordinaire le 11 mars" pour définir une "stratégie" pour l'UE, a déclaré dans un communiqué le président de l'UE Herman Van Rompuy.

La réunion se tiendra juste avant un sommet déjà programmé le même jour des dirigeants des seuls pays de la zone euro sur la mise en place d'un dispositif de lutte contre les crises de la dette.

M. Van Rompuy a ainsi répondu favorablement à une requête du président français Nicolas Sarkozy, soutenue par plusieurs pays.

Il n'a pas mentionné les questions militaires. Mais la question d'une participation européenne à une éventuelle zone d'interdiction de vol en Libye devrait être d'autant plus abordée que le même jour, en parallèle, les ministres de la Défense de l'Otan seront réunis à Bruxelles.

Les débats du sommet devraient surtout porter sur l'immigration en provenance d'Afrique du Nord et l'aide économique à apporter aux pays en pleine ébullition.

Les mouvements de révolte "peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes. Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires incontrôlables et sur le terrorisme", a averti dimanche le président français.

"On ne peut exclure un afflux massif de migrants", a convenu mardi la commissaire européenne chargée de l'immigration, Cecilia Malmström.

L'Italie demande que ses partenaires européens l'aident à partager le "fardeau" de l'accueil éventuel de dizaines de milliers de réfugiés, mais plusieurs d'entre eux, notamment l'Allemagne, la Suède et l'Autriche, lui ont opposé une fin de non-recevoir, estimant qu'il était trop tôt pour évoquer un tel scénario.

Selon des sources diplomatiques, plusieurs pays du Nord de l'Europe se sont du reste fait prier pour accepter la tenue du sommet extraordinaire car ils redoutent que la question du "partage du fardeau" monopolise l'attention.

En outre, certaines capitales soupçonnent le président Sarkozy "de vouloir utiliser cette tribune pour se relancer après les déboires de la diplomatie française", avec la démission dimanche de la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, souligne un diplomate.

Les ressortissants européens ont eux pour la plupart quitté la Libye. Il en reste entre 500 et un millier, qui pour l'essentiel ont la double nationalité, précisent les responsables de la diplomatie européenne.

Au-delà, c'est toute sa politique à l'égard de la rive Sud de la Méditerranée que l'UE doit revoir. Elle est accusée d'avoir trop longtemps fermé les yeux sur les dérives autoritaires des régimes d'Afrique du Nord au nom de la lutte contre l'islamisme.

"L'UE doit changer sa politique et passer du soutien au statu quo au soutien d'une communauté d'Etats démocratiques", a souligné mardi le président de l'Institut européen d'études de sécurité, Alvaro de Vasconcelos.

La France, à l'origine du projet l'Union pour la Méditerranée (UpM) qui n'a jamais vraiment réussi à décoller, estime ce projet d'autant plus justifié aujourd'hui. Paris a appelé mardi à sa "refondation".

Mais pour Alvaro de Vasconcelos, ce projet a "échoué". Plutôt que d'ignorer les problèmes politiques en se concentrant sur des projets concrets, l'UpM devrait donner la priorité aux "objectifs démocratiques", dit-il.