Yémen: le président contesté limoge des chefs de régions troublées

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Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, dont le départ est demandé avec insistance par des manifestants, a limogé mardi les gouverneurs de cinq provinces qui conduisent la contestation de son régime.

M. Saleh, pourtant un allié clé des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda, s'en est par ailleurs pris au président américain Barack Obama, accusant Israël et les Etats-Unis d'orchestrer les "révoltes" qui ont touché plusieurs pays arabes depuis la mi-janvier.

Après une journée de forte mobilisation contre le pouvoir, avec notamment une manifestation massive dans la capitale Sanaa, une source officielle a annoncé le limogeage des gouverneurs des provinces d'Aden, de Hadramout, d'Abyane et Lahaj (Sud et Sud-est) en plus de celle de Hodeïda (Ouest).

Ces cinq provinces, notamment celle d'Aden, sont le théâtre de violentes manifestations contre le régime de M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Les personnalités limogées n'ont pas été remplacées dans l'immédiat.

Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International, au moins 27 personnes ont été tuées lors des protestations commencées le 27 janvier au Yémen mais qui se sont intensifiés à partir de la mi-février.

Des dizaines de milliers de personnes ont envahi Sanaa et se sont rassemblées devant l'Université pour demander le départ de M. Saleh. "Le peuple veut la chute du régime, le peuple veut le départ d'Ali Abdallah Saleh", ont-ils scandé, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Des partisans du régime ont eux aussi organisé une importante manifestation, à l'appel du parti présidentiel, le Congrès populaire général (CPG).

La manifestation des opposants est la plus importante que Sanaa ait connue depuis le début de la contestation populaire contre M. Saleh.

L'influent prédicateur Abdel Majid Zendani, soupçonné par Washington de soutenir le terrorisme, y a harangué la foule, affirmant qu'il "soutenait les revendications des jeunes".

Des leaders de l'opposition, qui a appelé à une "Journée de colère" mardi, ont pris part à la manifestation, ainsi que des chefs de tribus.

Dans le sud, au moins une vingtaine de manifestants ont été blessés dans la province de Hadramout et à Aden où l'armée s'est déployée en force, lors de la dispersion par les forces de sécurité de manifestations en soirée. Certains ont été touchés par balles, selon des sources médicales.

Des milliers de personnes ont également défilé à Lahaj, réclamant la chute du régime, selon des témoins.

M. Saleh, tout en renouvelant son engagement à "protéger les manifestants" et son appel à l'opposition pour une reprise du dialogue, a critiqué M. Obama devant la presse.

"Chaque jour, nous entendons une déclaration du président Obama; en Egypte, ne faites pas ceci, en Tunisie, ne faites pas cela (...) De quoi se mêle-t-il à Oman? De quoi se mêle-t-il en Egypte? Il est le président des Etats-Unis!", a lancé le président yéménite.

Selon lui les soulèvements "de Tunis au sultanat d'Oman (...) sont une tempête orchestrée depuis Tel-Aviv, sous la supervision de Washington. Il y a un centre d'opérations à Tel-Aviv pour déstabiliser le monde arabe, et qui est dirigé depuis la Maison Blanche".

La Maison Blanche a réagi en en mettant en garde M. Saleh contre toute tentative de désigner des "boucs émissaires".

"Nous ne pensons pas que désigner des boucs émissaires constitue une réponse adéquate aux yeux des Yéménites ou d'habitants d'autres pays", a déclaré le porte-parole de M. Obama, en appelant M. Saleh à mener des réformes politiques pour répondre aux "aspirations légitimes" de son peuple.