Oman: des blindés interviennent à Sohar, Washington appelle à la retenue

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Des blindés ont dispersé mardi sans violence à Sohar des manifestants bloquant le port et une route menant à la capitale Mascate, alors que des petits rassemblements ont eu lieu dans d'autres villes d'Oman pour réclamer notamment des emplois et des hausses de salaire.

L'opération à Sohar s'est déroulée sans incident, alors que des échauffourées ont fait au moins un mort depuis samedi dans cette localité industrielle, à 200 km au nord de Mascate.

La veille, les Etats-Unis ont exhorté les autorités omanaises à la retenue pour répondre à la tension dans cet état du Golfe dirigé depuis 40 ans par le sultan Qabous, considéré comme un modéré à l'écoute de ses sujets.

Les forces de sécurité sont intervenues dans la matinée dans le centre de Sohar, qui compte 50.000 habitants, pour dégager la route vers la capitale de ce sultanat qui contrôle la rive méridionale du détroit d'Ormuz, selon le photographe de l'AFP. Puis elles ont éloigné les groupes de manifestants qui interdisaient l'accès principale à la zone portuaire, à une vingtaine de km du centre ville. Quelque 200 manifestants se sont regroupés sur une autre route menant à des installations industrielles, proches du port, au milieu d'un important dispositif de sécurité.

Les protestataires brandissaient des pancartes réclamant des emplois, des hausses de salaires et des poursuites judicaires contre des ministres qu'ils accusent de corruption. Ils agitaient également des portraits du sultan Qabous et des drapeaux omanais.

A Mascate, une manifestation de membres du Conseil consultatif et d'intellectuels est prévue dans l'après-midi pour réclamer la démission de certains ministres contestés, a indiqué à l'AFP l'un des organisateurs.

A Salalah, quelque 200 personnes ont manifesté devant le bureau du gouverneur de la province méridionale du Dhofar, réclamant une majoration des salaires et des prestations sociales, selon des témoins.

Dans l'oasis de Buraïmi (nord), près de la frontière avec les Emirats arabes unis, une centaine de personnes ont également manifesté réclamant notamment du travail, selon des habitants.

Lundi, le département d'Etat américain a indiqué avoir encouragé le gouvernement d'Oman "à faire preuve de retenue et à trouver des solutions via le dialogue", pour satisfaire les revendications des manifestants.

Des échauffourées avaient éclaté lundi à Sohar, deuxième port du sultanat, marquant le troisième jour de forte tension dans cette ville. Dimanche, un manifestant au moins y a été tué par la police.

Dans une communiqué, Amnesty International a incité les autorités omanaises à faire preuve de retenue. "Il semble que les organes de sécurité aient fait un usage excessif de la force", a estimé Malcom Smart, le directeur du programme d'Amnesty pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord.

"Le gouvernement doit garantir la liberté de manifester pacifiquement (...) et que la police respecte les principes internationaux qui régissent l'usage de la force et des armes à feu", ajoute dans ce communiqué M. Smart.

Le sultanat d'Oman partage également des frontières avec le Yémen, où le régime du président Ali Abdallah Saleh est contesté dans la rue depuis plus d'un mois. Le sultan Qabous a déjà annoncé une série de mesures, pour apaiser les tensions dans son pays. Il a notamment ordonné le versement d'allocations mensuelles supplémentaires aux chômeurs, et la création de 50.000 emplois.

Oman, sultanat pétrolier, avec une population de près de trois millions de personnes, dont 20% d'étrangers, est relativement prospère mais le chômage touche une partie de la jeunesse qui a été massivement scolarisée.