Révolte dans le monde arabe: L'opposition juge «insuffisant» le remaniement effectué au Bahreïn

POLITIQUE Les propositions du roi ne suffisent pas...

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Le roi de Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa a nommé samedi trois nouveaux ministres à des postes clefs dans les domaines sociaux, mais ce remaniement a été rejeté par l'opposition qui demande la démission du gouvernement. Le roi a également annoncé la réduction de 25 % des remboursement des crédits immobiliers pour 30.000 foyers, selon l'agence officelles BNA.

Ces mesures interviennent près de deux semaines après le début des révoltes populaires qui ont fait sept morts parmi les manifestants qui exigent un changement de régime dans ce petit royaume à majorité chiite gouverné par la dynastie sunnite des Al-Khalifa depuis plus de deux siècles. Elles sont été immédiatement jugées "insuffisantes" par le parti Al Wefaq, principale formation de l'opposition. Dans un communiqué, le parti a répété: "nous demandons la démission du gouvernement et la formation d'un gouvernement de salut national".

Pour un député de l'opposition, Kalil al-Marzouk, l'annonce faite par le roi est un "message erroné". "Il montre que le gouvernement essaie encore de nous manipuler", a-t-il déclaré à l'AFP. "Il va renforcer notre détermination à ne pas accepter le dialogue national", proposé par le roi pour régler la crise. "Ce pouvoir ne peut satisfaire le peuple puisqu'il ne peut même pas se libérer de celui dont le départ est exigé", a-t-il ajouté en référence au premier ministre, cheikh Khalifa ben Salman Al-Khalifa en place depuis quarante ans et cible de la colère des manifestants.

Le roi a annoncé le remplacement de trois ministres dans les secteurs clefs de la vie sociale: le Logement, la Santé, et l'Eau et l'Electricté, dans le cadre d'un remaniement qui concerne en tout cinq ministères. Dans la journée, les protestataires à Manama ont continué d'exiger le départ de la famille royale des Al-Khalifa, alors que l'opposition déplorait l'absence du "dialogue national". Le roi Hamad a désigné son fils, le prince Salman Ben Hamad Al-Khalifa, pour conduire ce dialogue, salué par Washington, dont Bahreïn est un allié clef dans le Golfe.

Les manifestants, voulant garder la pression sur le pouvoir, ont organisé samedi un nouveau défilé. "Va-t'en Hamad, va-t'en Hamad", ont crié à l'intention du roi des milliers de protestataires partis de la place de la Perle à Manama, épicentre de la contestation. "A bas Hamad" et "le peuple veut la chute du régime", ont encore scandé les manifestants avant de se rassembler devant le siège du ministère des Affaires étrangères.

Vendredi, des dizaines de milliers de personnes, en majorité des chiites, avaient défilé dans la capitale. Les revendications de l'opposition ne vont pas aussi loin: toutes tendances confondues, elle demande de profondes réformes pour établir une véritable monarchie constitutionnelle.

"Nous attendons une initiative du prince héritier pour voir l'ampleur et la nature des réformes qu'il a l'intention d'engager", a déclaré M. Matar Matar, un député de l'opposition. "Notre objectif est très clair: nous voulons un gouvernement élu et nous voulons que le peuple écrive sa Constitution par le biais d'un conseil élu", a affirmé le député du Wefaq.

De retour de son exil londonien, Hassan Machaimaa, leader d'un autre groupe de l'opposition chiite, a appelé à l'unité nationale et prôné un dialogue entre les opposants et les jeunes manifestants de la place de la Perle pour s'entendre sur les revendications avec les tractations avec le pouvoir. Secrétaire général du mouvement Haq, M. Machaimaa était jugé par contumace dans le procès de 25 chiites inculpés à Bahreïn en octobre pour avoir "formé une organisation illégale" et "financé des activités terroristes". Ils ont été graciés par le roi.