Yémen: de puissantes tribus disent non à Saleh, au moins trois morts à Aden

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D'importants chefs tribaux ont annoncé samedi devant un vaste rassemblement près de Sanaa leur ralliement à la contestation du président yéménite Ali Abdallah Saleh, alors que de véritables scènes de guerre dans le Sud ont fait au moins trois morts.

Ce ralliement, après celui de l'opposition parlementaire et des rebelles zaïdites (chiites) dans le Nord, élargit encore le cercle des contestataires du régime de Saleh, au pouvoir depuis 32 ans.

Lors d'un rassemblement à Amran, au nord de Sanaa, de dizaines de milliers de membres de tribus dont la majorité étaient armés, des chefs de deux des plus importantes tribus du pays, les Hached et les Baqil, se sont dissociés de M. Saleh.

L'un des chefs des Hached, cheikh Hussein ben Abdallah Al-Ahmar, a annoncé sa "démission du Congrès populaire général (de M. Saleh) pour protester contre la répression des manifestants pacifiques à Sanaa, Taëz et Aden", selon des sources tribales.

Les Hached sont considérés comme la plus importante tribu du Yémen, où la structure clanique est très importante. Elle est formée de neuf branches, dont celle des Sanhane, à laquelle appartient le chef de l'Etat.

L'annonce de cheikh Hussein a été saluée par une foule nombreuse de membres de tribus, dont des chefs des Baqil, la deuxième en importance et la plus nombreuse, selon les mêmes sources. Les représentants de nombreuses tribus étaient présents au rassemblement.

L'assemblée a annoncé qu'elle soutenait le mouvement de contestation contre le président qui a commencé le 27 janvier et s'est amplifiée à partir du 13 février.

Ce ralliement intervient au lendemain d'une journée de forte mobilisation à travers le pays où des dizaines de milliers de personnes ont participé à des prières collectives et des marches exigeant "la chute du régime".

Aden (sud) a vécu dans la nuit "de véritables scènes de guerre menées par des éléments de la garde républicaine (corps d'élite de l'armée) qui ont pris pour cible des jeunes innocents voulant manifester pacifiquement", selon un habitant.

L'intervention musclée des forces de sécurité a eu lieu en dépit d'un ordre donné jeudi par M. Saleh de protéger les manifestants pacifiques.

Mais le ministère de la Défense a démenti, en citant une source de sécurité à Aden, des tirs des forces de l'ordre sur des manifestants, affirmant que les violences étaient le fait de séparatistes sudistes militant pour l'indépendance du Sud-Yémen, qui était un Etat indépendant avant 1990.

Selon le ministère, trois personnes, un soldat et deux civils, ont péri dans ces violences marquées par des destructions de biens publics. Mais des sources médicales ont fait état de quatre morts et d'au moins 40 blessés.

Ces décès portent à au moins 19 le nombre de morts depuis le début de la révolte.

Selon Amnesty International, au moins 11 personnes ont été tuées vendredi, 27 au total depuis le 16 février.

Les forces de sécurité ont tiré sur les manifestants depuis des véhicules blindés, ont attaqué des maisons où des manifestants présumés se cachaient et empêcher des habitants de conduire des blessés à l'hôpital, selon l'organisation.

"Les autorités doivent ouvrir une enquête immédiate et indépendante sur ces morts (...) et les informations relatives à un déni d'accès à une assistance médicale", déclare Amnesty dans un communiqué.

Par ailleurs, des hommes armés, "membres présumés d'Al-Qaïda" et circulant à moto, ont tué par balles un officier des renseignements à Chahr, au Hadramout (est), a indiqué à l'AFP une source au sein des services de sécurité.

M. Saleh, un allié de Washington dans la lutte contre Al-Qaïda, a multiplié en vain les gestes d'apaisement face à une révolte qui ne se calme pas dans ce pays miné par un chômage chronique et une pauvreté endémique.