A Manama, à Bahrein des manifestants sur la place de la Perle, le 19 février 2011
A Manama, à Bahrein des manifestants sur la place de la Perle, le 19 février 2011 — AFP PHOTO/JOSEPH EID

POLITIQUE

Révolte dans le monde arabe: Le roi du Bahreïn procède à un remaniement ministériel

Cinq de ses ministres changent de portefeuille...

Le roi de Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa a procédé samedi à un remaniement ministériel et changé les attributions de cinq de ses ministres tout en les gardant au gouvernement, a annoncé l'agence officiel BNA. L'opposition bahreïnie déplorait samedi l'absence de dialogue avec le gouvernement tandis que les protestataires continuent d'exiger le départ de la famille royale des Al-Khalifa.

«Le peuple a besoin de clarifications»

Le "dialogue national" censé sortir Bahreïn de la crise où il est plongé depuis près de deux semaines n'a pas encore commencé, ont annoncé à l'AFP des élus de l'opposition, qui attendent des "clarifications" du gouvernement. Interrogé sur le début de ce processus que Washington a appelé de ses voeux, un élu de l'opposition Matar Matar a répondu à l'AFP: "Non, pas encore, parce que le gouvernement n'a pris aucune initiative pour des réformes politiques".

Le peuple doit avoir "des garanties. Il a besoin de clarifications sur (...) l'ordre du jour et la durée" des discussions, a expliqué un autre élu du Wefaq, Khalil al-Marzouk. Le roi Hamad ben Issa Al-Khalifa a désigné son fils, le prince Salman Ben Hamad Al-Khalifa, pour conduire le dialogue avec toutes les composantes de l'opposition, qui conteste la monarchie sunnite dans cet archipel à la position stratégique et allié clef des Etats-Unis dans le Golfe.

Les deux députés font partie des 18 élus du Wefaq (opposition chiite) qui se sont retirés du Parlement de 40 sièges pour protester contre la mort de sept manifestants par les tirs de la police dans les premiers jours de la contestation entamée le 14 février. Les manifestants, voulant garder la pression sur le pouvoir, ont organisé samedi un nouveau défilé, demandant le départ de la famille des Al-Khalifa.

"Va-t'en Hamad, va-t'en Hamad", ont crié à l'intention du roi de milliers de manifestants partis de la place de la Perle à Mananma, épicentre de la contestation. "A bas Hamad" et "le peuple veut la chute du régime", ont encore scandé les manifestants avant de se rassembler devant le siège du ministère des Affaires étrangères, sous la bannière "pas de dialogue avant la chute du régime".

«Nous attendos une initiative du prince héritier_

Vendredi, des dizaines de milliers de personnes, en majorité des chiites, avaient défilé dans la capitale. Les revendications de l'opposition ne vont pas aussi loin: toutes tendances confondues, elle demande de profondes réformes pour établir une véritable monarchie constitutionnelle.

"Nous attendons une initiative du prince héritier pour voir l'ampleur et la nature des réformes qu'il a l'intention d'engager", a déclaré M. Matar. "Notre objectif est très clair: nous voulons un gouvernement élu et nous voulons que le peuple écrive sa Constitution par le biais d'un conseil élu", a affirmé le député du Wefaq.

Le dialogue n'a pas commencé parce que l'appel qui a été lancé pour l'engager est "très vague et parce que l'opposition a demandé un engagement à satisfaire les demandes du peuple", a renchéri M. Khalil al-Marzouk. "L'une des importantes conditions préalables (au dialogue) est une démission du gouvernement", a affirmé un autre élu du même mouvement, Ali al-Aswad.

De retour de son exil londonien, Hassan Machaimaa, leader d'un autre groupe de l'opposition chiite, a appelé à l'unité nationale et prôné un dialogue entre les opposants et les jeunes manifestants de la place de la Perle pour s'entendre sur les revendications avec les tractations avec le pouvoir. Secrétaire général du mouvement Haq, M. Machaimaa était jugé par contumace dans le procès de 25 chiites inculpés à Bahreïn en octobre pour avoir "formé une organisation illégale" et "financé des activités terroristes". Mais lundi, le roi de Bahreïn a gracié ces accusés, une des revendications de l'opposition majoritairement chiite. Et mercredi, 23 d'entre eux ont été libérés, les deux autres étant jugés par contumace.