Révolte dans le monde arabe: Saïf Kadhafi n'exclut pas une guerre civile en Libye

REPRESSION Près de 300 personnes défilaient devant le ministère de l'Intérieur...

© 2011 AFP

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Manifestants à Tunis (Tunisie) le 28 janvier 2011 près des bureaux du gouvernement.
Manifestants à Tunis (Tunisie) le 28 janvier 2011 près des bureaux du gouvernement. — Salah Habibi/AP/SIPA

Les forces de l'ordre ont dispersé samedi une nouvelle manifestation devant le ministère de l'Intérieur, en plein centre de Tunis, alors que l'exode des personnes fuyant les violences en Libye s'amplifie, laissant craindre une crise humanitaire à la frontière tunisienne. Un important dispositif policier a rapidement dispersé les quelque 300 manifestants anti-gouvernementaux réunis devant le ministère en plein coeur de Tunis en faisant usage de gaz lacrymogènes.

Interventions musclées

Plusieurs policiers, en civil et cagoulés, se sont lancés avec des bâtons de bois dans des rues perpendiculaires à l'avenue Habib Bourguiba où est situé le ministère de l'Intérieur, à la recherche de manifestants. Sous une fine pluie, des manifestants couraient à toute vitesse en direction du souk, situé à proximité, tandis que la police procédait à de nombreuses arrestations, parfois musclées, dans le centre ville. Furieux, ils pestaient contre les passants.

"Rentrez chez vous, enfants de m..., je vais vous apprendre ce que c'est la démocratie", s'écriait un des policiers, pris lui aussi dans un nuage de gaz lacrymogène. Ce nouveau rassemblement de manifestants a eu lieu au lendemain de violents affrontements entre policiers et groupuscules qui avaient tenté de pénétrer dans le ministère et avaient incendié ou saccagé trois commissariats dans le centre.

Vingt-et-un policiers ont été blessés et plusieurs véhicules de police incendiés, a indiqué samedi le ministère de l'Intérieur. Plus de 100.000 personnes, mobilisées via Facebook, avaient réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier.

Au lendemain de cette manifestation géante et des heurts qui ont suivi, deux journaux tunisiens ont averti que le pays risquait de s'enliser dans le chaos, si le gouvernement transitoire restait "insensible" au message du peuple. L'équipe de transition, ignorant ces appels, a annoncé la tenue d'"élections au plus tard mi-juillet" sans préciser s'il s'agissait d'un scrutin présidentiel ou législatif.

L'éxode se poursuit à la frontière libyenne

Dans la foulée, il a annoncé la saisie des biens mobiliers et immobiliers ainsi que des avoirs de 110 anciens collaborateurs et membres de la famille du président déchu, dont son fils de 6 ans. Parallèlement, exténués et sous le choc, des milliers de migrants notamment des Egyptiens continuent à passer la frontière tunisienne pour fuir la Libye, en traînant valises, baluchons et couvertures.

Vendredi, "environ 5.000 personnes ont franchi la frontière par le point de passage de Ras Jedir de minuit à 19h", a indiqué à l'AFP sur place le colonel Malek Mihoub de la protection civile. "Parmi elles, se trouvaient 4.200 Egyptiens", a-t-il ajouté. Deux membres de l'organisation humanitaire Médecins sans Frontières étaient également sur place et attendaient de rentrer en territoire libyen pour acheminer du matériel.

Un de ces médecins, Mathieu Bichet, a indiqué à l'AFP qu'ils avaient fait les démarches officielles pour rentrer en Libye et "attendaient toujours l'accord des autorités, ce qui est très peu probable". "Pour le moment, on ne peut pas passer", a dit M. Bichet. Environ 25.000 personnes ont fui la Libye par la Tunisie entre le 20 et le 25 février par Ras Jedir, selon un décompte de l'AFP.