Un départ de Kadhafi ouvrirait une période à risque pour la Libye

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La fin du pouvoir de Mouammar Kadhafi ouvrirait un "énorme vide" et une période de transition pleine d'écueils en Libye, pays divisé aux institutions faibles qui peut cependant compter sur le pétrole et l'appétit de sa jeunesse pour la liberté et la démocratie, selon des experts.

A la différence de l'Egypte et de la Tunisie, la Libye fait figure de "cas extrême" des maux observés dans d'autres pays arabes, tels que le Yémen ou les monarchies du Golfe, affirme à l'AFP Khalil Matar.

Les trois régions est, ouest et sud, longtemps séparées avant l'indépendance, continuent de structurer un pays dans lequel "les alliances tribales sont plus importantes que quoi que ce soit d'autre", affirme ce consultant en politique, auteur d'un livre sur l'attentat libyen contre un avion de ligne américain, en 1988 à Lockerbie en Ecosse.

"L'avenir dépendra de la façon dont ces tribus peuvent tenir ensemble", poursuit-il, pointant un risque de sécession à l'Est.

L'expert américain Robert Danin n'écrit pas autre chose sur le site du Conseil des relations étrangères (CFR) : "Bien peu regretteraient que Kadhafi quitte la scène, mais cela créerait aussi un énorme vide de pouvoir. Bien malin qui peut dire ce qui pourra unir ce pays, dans lequel l'identification nationale est faible, et où prévalent les affinités tribales et claniques".

Le manque d'institutions, délibérément entretenu par le dictateur depuis 42 ans, est un autre handicap.

"La Tunisie et l'Egypte étaient aussi des dictatures, mais avec une Constitution, un Parlement, des élections et un semblant de démocratie", note pour l'AFP un porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l'homme, un groupe basé à Genève.

"Tout ceci est étranger à la Libye, ce qui rendra le défi un peu plus difficile", admet ce responsable qui ne souhaite pas être cité nommément.

Des "craintes infondées", juge pourtant l'avocat algérien basé à Londres Saad Djebbar, qui mise sur "la jeune génération".

Les jeunes qui ont défilé à Tripoli et Benghazi, dit-il à l'AFP, sont branchés sur Facebook et Twitter comme ceux du Caire ou de Tunis: "La jeune génération fait partie d'un ordre universel, celui dans lequel on veut que l'Etat de droit soit respecté, que les sociétés soient ouvertes et qu'il y ait une bonne gouvernance".

"Ils regardent la télé satellitaire, ils regardent comment Obama a été élu, comment les gens parlent et se réunissent sans crainte", continue M. Djebbar, qui a participé à des tables rondes de l'institut Chatham House.

Mouammar Kadhafi a menacé du vide et d'une balkanisation de la Libye s'il quittait le pouvoir, rappelle-t-il. Mais "dans l'est du pays, les jeunes scandaient dans la rue que +la Libye est une seule tribu, un seul Etat+".

"Il ne fait guère de doute que la Libye, même sans M. Kadhafi, restera un endroit désordonné et peut-être violent", tranche The Economist dans un éditorial vendredi.

L'hebdomadaire britannique souligne toutefois, pour équilibrer la balance, que le pays, l'un des principaux producteurs africains de pétrole, dispose de réserves étrangères évaluées à 140 milliards de dollars, et que "des exilés plein de talent veulent revenir".

Et estime le journal, le "traumatisme" causé par le long règne de Kadhafi "pourrait avoir forgé une identité bien plus sincère, venant du fond du coeur, qu'elle ne l'était autrefois".