Irlande: l'opposition donnée gagnante d'un vote sanction

© 2011 AFP

— 

Le parti d'opposition Fine Gael a remporté les législatives irlandaises, mais sans réunir une majorité absolue, a indiqué samedi un sondage sortie des urnes qui confirme le naufrage du gouvernement sortant, première victime de la crise de la dette en Europe.

Le Fine Gael (centre), principal parti d'opposition, recueille 36,1% des suffrages, selon l'enquête diffusée par la radio-télévision publique RTE. Il s'agit là de son meilleur résultat depuis novembre 1982. Mais ce chiffre est décevant par rapport à de nombreux sondages qui prévoyaient un score plus proche de 40%.

Le parti ne serait donc pas en mesure de réunir une majorité absolue de députés, selon la RTE, dont le sondage ne donne pas de projections en termes de sièges, tandis que les résultats officiels ne devaient commencer à tomber que samedi soir.

Kenny Cependant, selon Michael Marsh, politologue au Trinity College de Dublin, le Fine Gael réunirait "au moins" 72 députés, contre 51 actuellement, soit assez loin de la majorité absolue de 84 sièges (sur un total de 166).

Le parti d'Enda Kenny, 59 ans, serait donc contraint de s'allier à des indépendants ou de former une coalition avec le Labour, une formation de gauche avec qui il a déjà gouverné. Ce parti a remporté 20,5% des voix, selon RTE, soit "au moins" 38 députés, contre 20 actuellement, a prédit Michael Marsh, interrogé sur RTE.

Le sondage confirme le naufrage attendu du Fianna Fail, parti du Premier ministre sortant Brian Cowen. La formation, également centriste, ne recueillerait que 15,1% des voix, un chiffre encore plus faible que ce que projetaient les sondeurs et son plus mauvais score depuis 24 ans.

Le Fianna Fail, qui dominait la vie politique irlandaise depuis 80 ans, devrait ainsi voir le nombre de ses députés divisé par plus de trois, ne réussissant à sauver qu'une vingtaine de ses 73 sièges.

"Ca a l'air sinistre", a reconnu Noël Dempsey, ancien membre du gouvernement Fianna Fail. "Avoir une vingtaine de sièges serait déjà pas mal", a-t-il lâché.

Le parti au pouvoir depuis 14 ans fait ainsi les frais d'un vote en forme d'exutoire à la crise, et de son soutien au plan international de sauvetage de l'île, signé en novembre avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

Le Premier ministre avait accepté ce programme avec réticence, pliant sous le poids d'un déficit public astronomique (32% du Produit intérieur brut en 2010). Mais l'appel à l'aide de l'étranger a meurtri la fierté nationale, exacerbée dans un pays à genoux.

Le scrutin de vendredi avait ainsi pris l'allure d'un référendum sur le plan, d'un montant de 85 milliards d'euros. Enda Kenny, le leader du Fine Gael, a promis lors de la campagne d'en négocier les conditions les plus contestées et en particulier un taux d'intérêt qu'il juge "punitif".

Le vote sanction a aussi semble-t-il profité au parti nationaliste Sinn Féin, qui réalise le meilleur score de son histoire, avec 10,1%. Le Sinn Féin aurait ainsi "10 ou 11" sièges, doublant sa représentation, selon Michael Marsh.

Châtiant leur gouvernement, les Irlandais ont également désavoué les partis établis, refusant en grand nombre de reporter leur voix du Fianna Fail sur le Fine Gael, deux partis siamois situés au centre. Les députés indépendants représenteront ainsi plus de 15% des voix, selon RTE.

"Une tâche titanesque qui attend le nouveau gouvernement", avertit samedi le quotidien The Irish Sun. "Il devra reconstruire l'économie naufragée par le Fianna Fail. Les responsabilités sur les épaules d'Enda Kenny sont enormes", ajoute-t-il.