Libye: Kadhafi s'accroche à un pouvoir de plus en plus limité

REVOLTE Il appelle encore ses partisans à prendre les armes...

Avec Reuters
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TV Libyenne/ AFP

Le régime de Mouammar Kadhafi en Libye continue de vaciller. Alors que l’est du pays échappe déjà au contrôle du guide de la Révolution libyenne, trois nouvelles villes, situées à 150 km au sud-ouest de Tripoli, sont passées ce vendredi hors de son contrôle. Plusieurs quartiers de la capitale seraient même passés aux mains des opposants, selon un témoin cité par Reuters. Les ambassadeurs de Libye en France et auprès de l’Unesco ont également lâché Kadhafi, tout comme les représentants libyens du Conseil des droits de l’Homme et la délégation nationale à la Ligue arabe, dont le siège se trouve au Caire. Cette dernière a annoncé qu'elle rejoignait le camp des insurgés, et a dénoncé les «crimes abominables» commis contre des civils sans armes.

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Et pourtant, Mouammar Kadhafi n’abdique pas. Au contraire, il a de nouveau harangué la foule lors d’un discours prononcé à Tripoli, promettant le sang à tous ses opposants. «Nous allons les battre et nous les vaincrons», a-t-il lancé à la foule, appelant ses soutiens à le défendre. «Tous les dépôts d'armes seront ouverts pour armer le peuple», a-t-il ajouté. Un peu plus tôt, son fils, Saïf al Islam, avait affirmé que le clan Kadhafi ne lâcherait rien: «Nous avons des plans A, B et C. Le plan A est de vivre et de mourir en Libye. Le plan B est de vivre et de mourir en Libye. Le plan C est de vivre et de mourir en Libye.»

Paris ne veut pas d’une intervention militaire

De nouvelles manifestations ont secoué la ville de Tripoli, fief de Kadhafi, où les combats ont fait rage. Plusieurs témoins rapportent que les forces de l’ordre libyennes ont ouvert le feu sur des manifestants et cinq d’entre eux, au moins, ont été tués. Des policiers et des militaires se sont quant à eux déployés en grand nombre vendredi le long de la route menant de l'aérodrome militaire Mitiga, près de Tripoli, au centre de la capitale libyenne.

Sur le plan diplomatique, la communauté internationale reste très inquiète. L’UE a débloqué trois millions d’euros pour fournir une aide d’urgence aux Libyens et aux personnes qui fuient le pays. En visite en Turquie, Nicolas Sarkozy a redit que «Kadhafi doit partir». Interrogé sur l'éventualité d'une intervention militaire visant à arrêter la répression en Libye, il a répondu: «S'agissant d'une intervention armée, vous savez à quel point la France considère avec énormément de prudence et de réserve toute tentative de cette nature.»

Enquête sur les avoirs de Kadhafi à Paris

L'Union européenne a annoncé vendredi qu’elle prendrait une décision en milieu de semaine prochaine au plus tard sur l'imposition de sanctions à la Libye. Une réunion a toutefois permis d'arrêter une liste de sanctions : gel des avoirs financiers, interdiction de visas et embargo sur les armes ainsi que sur les matériels de gestion des troubles à l'ordre public tels que les gaz lacrymogènes.Les Etats-Unis ont suspendu les activités de leur ambassade en Libye et ont décidé d'adopter des sanctions unilatérales contre le gouvernement du colonel Mouammar Kadfhafi, a annoncé vendredi Jay Carney, porte-parole de la Maison blanche.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a quant à lui engagé le Conseil de sécurité à agir rapidement sur un projet de sanctions internationales visant à obliger les dirigeants libyens à mettre fin à leur violente répression. «Il est temps que le Conseil de sécurité envisage une action concrète, a dit Ban au quinze membres du conseil. Les heures et les jours qui viennent seront déterminantes pour les Libyens.»

Selon le projet de résolution de l'ONU, les violences commises contre des civils en Libye pourraient même constituer des «crimes contre l'humanité» justifiant des poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Le texte, élaboré par la France et la Grande-Bretagne et distribué vendredi aux membres du Conseil de sécurité, préconise aussi un embargo sur les livraisons d'armes à la Libye, des interdictions de déplacement et des blocages de fonds visant de hauts responsables du pays.

Par ailleurs, une double enquête préliminaire a été ouverte en France sur les avoirs éventuels du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak, a annoncé vendredi le parquet de Paris.