Kadhafi lâché de toutes parts

Faustine Vincent

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Acculé, le colonel Kadhafi joue la carte du chantage au chaos.
Acculé, le colonel Kadhafi joue la carte du chantage au chaos. — I. ZITOUNY / REUTERS

Le colonel Kadhafi s'est exprimé hier par téléphone à la télévision libyenne, sans apparaître à l'écran. Il a notamment accusé Ben Laden de manipuler les Libyens. Au dixième jour de l'insurrection, le dirigeant est confronté à un isolement croissant tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de son pays. Lâché par des hauts fonctionnaires, des diplomates, ou l'influente tribu Al Warfalla, Kadhafi ne peut plus non plus compter sur le soutien des Occidentaux.

La carte du chantage
La France, qui l'avait accueilli en fanfare en 2007, a déclaré souhaiter la chute du despote. Elle réclame aussi l'envoi d'une mission de l'ONU pour enquêter sur d'éventuels crimes contre l'humanité ou la saisine de la Cour pénale internationale. Les Etats-Unis sont sortis de leur silence hier pour dénoncer la répression « monstrueuse » contre les manifestations, qui a fait entre plusieurs centaines et deux mille morts, selon les estimations. L'ONU compte de son côté organiser une session spéciale sur la Libye aujourd'hui, une première pour un pays membre du Conseil. « Les jours du régime sont comptés, estime Karim Bitar, chercheur à l'Iris. Les seuls soutiens de Kadhafi restent son clan familial, une partie de l'armée, sa propre tribu et les comités révolutionnaires. » Le fantasque dirigeant a perdu le contrôle de l'est du pays et une grande ville de l'Ouest, tombée aux mains de l'opposition, à laquelle Aqmi a apporté son soutien, un cadeau empoisonné. Acculé, il joue la carte du chantage au chaos, à l'islamisme et au risque migratoire vers l'Europe. La communauté internationale, elle, patine pour arrêter le massacre. Parmi les options, une intervention étrangère, rejetée hier par l'Otan, est risquée car elle toucherait à la souveraineté d'un pays et pourrait rallier les indécis à Kadhafi. Une résolution à l'ONU pourrait quant à elle se heurter au veto de la Chine, selon Moncef Djaziri, maître de recherche à l'université de Lausanne. Malgré tout, « dans sa stratégie du tout ou rien, Kadhafi a peu de chances de rester au pouvoir, estime le chercheur Saïd Haddad. Ce régime est non amendable. Je vois mal Kadhafi devenir un réformateur. Il a eu quarante-deux ans pour le faire… »

mercenaires africains

Le régime libyen semble avoir fait appel à des mercenaires africains, notamment du Tchad et du Soudan, pour réprimer le soulèvement. Il s'agirait d'anciens combattants de guerres et d'insurrections africaines. Parallèlement, les forces fidèles au numéro un Mouammar Kadhafi ont lancé une contre-offensive hier dans l'ouest de la Libye.