Les chers week-ends de François Fillon: «Rien de neuf ni de caché» selon Matignon

POLITIQUE Chaque fin de semaine, le Premier ministre utilise un avion gouvernemental pour rejoindre sa maison près de Sablé-sur-Sarthe, à 255 km de Paris...

A.-L.B.
— 
François Fillon s'exprime lors d'un point presse sur la fronde des magistrats, le 7 février à Paris
François Fillon s'exprime lors d'un point presse sur la fronde des magistrats, le 7 février à Paris — AFP PHOTO / PIERRE VERDY

Une nouvelle histoire d’avion paré au décollage. Cette fois-ci, c’est le Premier ministre qui en est le protagoniste. L’affaire est révélée par France Soir : Depuis le début du quinquennat, François Fillon revient, chaque fin de semaine, dans sa bourgade près de Sablé-sur-Sarthe, Solesmes, en utilisant un avion gouvernemental. Une gare TGV, construite en 1989, permet pourtant de rejoindre Paris en 1h20. Le trajet en autoroute? Approximativement le même temps de transport. Le coût de la balade aller-retour entre Vélizy-Villacoublay et l’aéroport d’Angers-Marcé en Falcon 7X revient à 27.000 euros, selon le quotidien. Rien d’illégal, certes, mais la note devient salée chaque année, alors que le gouvernement affiche une sourcilleuse politique de rigueur.

Tradition républicaine

L’utilisation des moyens aériens gouvernementaux pour un usage personnel n’est pas nouvelle, note le quotidien. Durant son septennat, le Président François Mitterrand et sa famille faisait de même en hélicoptère pour rejoindre Clermont-Ferrand. Mais l’argument de l’Elysée concerne la sécurité de cette personnalité. Ainsi, le président de la République et le Premier ministre sont tenus, au nom de celle-ci, de voyager sur des avions de l’armée de l’air, même lorsqu’ils le font pour motifs privés. Ils paient leurs billets, ainsi que celles de leur famille, sur la base d’un tarif kilométrique commercial, relève France Soir.

Economies européennes

Et en Europe, quelles sont les pratiques des plus hautes personnalités de l’Etat ? En Allemagne, le week-end, la Chancelière Angela Merkel rejoint sa maison à une centaine de kilomètres au nord de Berlin au volant de sa voiture personnelle. Au Royaume-Uni, le Premier ministre David Cameron est un familier des avions de ligne et du train, tant pour ses déplacements privés qu’officiels. En Europe du nord, les Premiers ministres roulent dans leurs propres voitures et prennent le train pour des déplacements officiels. Quant à l’Europe méditerranéenne, le Premier ministre espagnol Zapatero ne se sert que des moyens gouvernementaux, en raison de la menace de l’ETA. Enfin, en Italie, le «Cavaliere» Silvio Berlusconi, milliardaire, prend, à ses frais, ses trajets en voitures personnelles ou dans son jet privé.

Contactés par 20minutes.fr, les services du Premier ministre François Fillon ont réagit ce jeudi après-midi.

«Il n’y a rien de neuf ou de caché, indique-t-on dans les services du Premier ministre. C’est visible de tous. En période vigipirate rouge, un train privatisé nécessite des services de déminage, des chiens renifleurs, ce qui prend du temps, et nécessiterait que le train soit à l’arrêt, ce qui représenterait une gêne pour les autres passagers. Cette mobilisation a un coût. De plus, peu de trains passent par Sablé.»

Pour l’utilisation d’une voiture officielle, on indique que «toujours en cortège, jamais à l’arrêt pour des questions de sécurité, il est difficile de croire que l’on apprécierait de voir remonter, le dimanche soir, la voiture officielle pendant trente kilomètres de bouchons vers Paris (nécessitant ainsi le dégagement de voies). Enfin, la voiture, qui est blindée, et donc très lourde, souffre quand elle effectue beaucoup de kilomètres».

Concernant le coût estimé des vols réalisé par France Soir, on répond à Matignon, que «cela est compliqué. L’avion effectue un aller-retour, et donc use du carburant. Stationner sur place nécessiterait d’assurer le gardiennage de l’avion, ainsi que l’hébergement, soit de nouveaux coûts».