Séisme en Nouvelle-Zéande: «Nous pouvions entendre crier les gens pris au piège dans les maisons»

Bérénice Dubuc

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Un immeuble est effondré sur des véhicules en stationnement après le séisme de magnitude 6,3 à Christchurch, Nouvelle-Zélande, le 22 février 2011.
Un immeuble est effondré sur des véhicules en stationnement après le séisme de magnitude 6,3 à Christchurch, Nouvelle-Zélande, le 22 février 2011. — L. MCMILLAN / AFP

Les sauveteurs néo-zélandais tentent toujoursd e retrouver des survivants dans les décombresaprès le puissant séisme qui a frappé mardi Christchurch, la deuxième ville du pays, faisant au moins 75 morts. Deux Françaises et un Néozélandais racontent à 20minutes.fr ce qu'ils vivent depuis mardi midi.

Charlotte, Française expatriée de 23 ans qui vit à Wellington, sur l’île du nord, explique qu’elle n’a «pas ressenti la secousse, à la différence de ceux qui habitent sur l’île du sud».  Cependant, elle est choquée: «On sait bien que, le pays étant sur des plaques tectoniques, la terre peut trembler à n’importe quel endroit. Mais là, ça fait un coup. C’est la quatrième fois qu’ils prennent en six mois.»

Chanceux

Et ce séisme a été terrible, comme l’explique Nick Aldwell, Néozélandais de 28 ans, qui était chez des amis à Avonside» lors du tremblement de terre. «Je devais conduire un ami à son restaurant. Il était dans la douche à ce moment-là. La cabine s’est effondrée autour de lui. Moi, j’ai été coincé dans le salon parce que la seule issue était bloquée par les briques de la cheminée tombées du toit. Après la première secousse, nous avons réussi à sortir de la maison et nous avons vu l’ampleur des dégâts dans le quartier. Nous pouvions entendre crier les gens pris au piège dans les maisons.»

Cependant, Nick s’estime chanceux: «Nous voulions partir une demi-heure plus tôt, mais nous étions en retard. Heureusement, parce que nous aurions pu nous trouver dans la cave à vin du restaurant à Lyttelton quand ça a tremblé.» Le restaurant en question? «Ce n’est plus qu’un tas de gravats aujourd’hui.»

Plus de contact pendant sept heures après la première secousse

Brigitte, une Française qui est en Nouvelle-Zélande pour les Championnats du Monde de Tennis Vétérans, se trouvait pour sa part à Ashburton, à environ 78 km de Christchurch, lors du séisme. «Nous avons ressenti deux secousses à l'heure du déjeuner vers 12h45 (00h45, heure française). Les joueurs qui se trouvaient à Timaru m’ont dit que les secousses là-bas ont été plus fortes.»

Elle explique que la communication avec les personnes se trouvant à Christchurch a été très difficile. «Les communications ont été coupées, seuls les textos passaient. En plus, il était recommandé de ne pas utiliser le téléphone pour laisser libres les communications pour les secours.» En effet, pendant six ou sept heures après la première secousse, «la région de Christchurch n’avait plus d’électricité, plus de connexion à Internet, plus de réseau téléphonique, confirme Charlotte. Il était impossible de savoir qui était en vie, qui était blessé, dans quel état était la zone. C’était ça le pire.»

Pénurie d'eau

Le principal souci des habitants de la zone touchée a en effet été de trouver de l’eau. Les réservoirs d'eau de la ville ont éclaté lors de la secousse. «Les gens sont invités à faire attention à l'eau, à la faire bouillir ou à recueillir l'eau de pluie», note Brigitte.

Ce qu’ont fait Nick et ses amis: «Lorsque nous avons pu retourner à la maison, nous avons récupéré l'eau dans les chasses d’eau des toilettes et dans les chauffe-eau. Et le lendemain, en me levant, j’ai fait le plein d’essence et je suis allé distribuer de l’eau à tous mes amis qui n’en avaient pas. J’habite à environ 20km du centre-ville, j’ai donc de l’électricité et de l’eau courante.»

«Une très grande solidarité»

Une entraide qui touche tout le pays, selon Charlotte. «C’est un tout petit pays, loin de tout. On a vraiment le sentiment d’être isolés du reste du monde. Mais il y a une très grande solidarité. Sur Internet, il y a des dizaines de pages où les gens proposent un lit, une chambre, un appartement pour accueillir les gens coincés dans les aéroports. Il y a même un site qui recense toutes les offres et les demandes pour que les victimes du séisme puissent quitter la zone et trouver un toit.»

Elle souligne que dans les rues, les gens n’ont pas l’air «particulièrement effondrés», mais que beaucoup de drapeaux ont fait leur apparition aux fenêtres. «Tout le monde essaye d’aider, tout le pays est mobilisé. C’est instinctif. Les Kiwis ont déjà en temps normal un grand sens de l’hospitalité, mais avec une catastrophe de cette ampleur, tout le monde a envie de se précipiter. A la radio et à la télévision, il y a même des messages pour dissuader les gens de descendre à Christchurch pour aider.»