Libye: Les Français évacués témoignent

MONDE Quatre-cent-deux personnes sont rentrées ce mercredi...

Avec Reuters

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Un Français rapatrié de Libye parle aux journalistes à son arrivée à l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, le 23 février 2011.
Un Français rapatrié de Libye parle aux journalistes à son arrivée à l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, le 23 février 2011. — AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

Deux des trois avions militaires affrétés par le Quai d'Orsay pour ramener en France les ressortissants Français de Libye, se sont posés à Paris tôt ce mercredi, à 2h36 et à 3h50. 172 ressortissants étaient à bord du premier avion et 230 à bord du deuxième, selon Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Les passagers, parmi lesquels beaucoup d'enfants, ont été accueillis à leur descente d'avion par une quarantaine de bénévoles de la Croix Rouge ainsi qu'une cellule d'urgence médico-psychologique, a constaté une journaliste de l'AFP.

«On ne pensait pas que ça allait si vite dégénérer»

Stressés, les yeux fatigués, les rapatriés ont raconté la tension, l'attente et la peur dans la capitale libyenne où ils ont «tout laissé derrière eux». Mahir Korucu, ingénieur chez SNCF Géodis, n'a «pas eu peur» car «il n'y avait pas de danger pour les "expats"». Il décrit une ambiance tendue, avec «personne dans les rues» et des «grosses mitrailleuses montées sur des 4x4». «D'habitude on voyait la police, et là c'était l'armée avec des tanks qui était partout», témoigne le jeune homme qui vivait à Tripoli depuis deux ans: «On sentait que cela allait empirer.»

«Nous sommes contents que ce soit fini», a déclaré à Reuters TV une des rares passagères qui a accepté de répondre à la presse. «On n'a rien vu rien entendu, il n'y a pas eu de bombardement comme on a pu le dire en France, ça je peux vous le garantir», a ajouté cette mère de famille d'une quarantaine d'années. «Ca a été très soudain, il y a cinq jours, on était vraiment en sécurité, on ne pensait pas que ça allait si vite dégénérer.»

L'aéroport de Tripoli «bondé»

Plusieurs expatriés ont expliqué être «restés cloîtrés» et «avoir entendu des coups de feu» la nuit. D'autres passagers ont raconté un climat de «stress», avec «très peu d'informations» les lignes de téléphone et internet étant coupées, mais aussi un aéroport de Tripoli «bondé», «avec des milliers de passagers de différentes nationalité en attente de leur départ».

A l'aéroport, «c'était très compliqué, il y avait des milliers de personnes qui attendaient, c'étaient très long», indique Jean-Pierre, cadre d'une entreprise dont il ne souhaite pas donner le nom. Il avoue avoir eu «un petit peu peur» en attendant le «feu vert pour rentrer». «La situation était dangereuse, on ne savait pas ce qui allait se passer.» Il espère «éventuellement retourner» en Libye. «On a rien en France, je suis rentré avec une valise», sourit Jean-Pierre.

Un autre Français, habitant dans le centre de la capitale Tripoli, a fait état de violences. «Il y a eu quelques tirs de prévention, on a senti qu'il fallait partir. On sentait que ça allait devenir de plus en plus pire», a-t-il dit à la presse. «Il n'y avait pas vraiment de danger pour les étrangers, c'était surtout entre Libyens.»

Evacuations

La France compte quelque 750 ressortissants en Libye où plus de 200 personnes auraient été tuées ces derniers jours lors d'affrontements entre manifestants anti-gouvernementaux et forces de l'ordre, selon l'ONG Human Rights Watch. Les trois avions ont une capacité totale de 530 à 550 passagers, ce qui devrait suffire à rapatrier tous les Français candidats au départ, avait indiqué mardi le porte-parole.

D'après le ministre français des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, il reste désormais environ 300 Français en Libye. «Ces avions vont repartir, faire une rotation et ramener tout le monde à la maison», a-t-il déclaré sur Canal +. «C'est très difficile, le contexte là-bas est très dur, très éparpillé.»

Plusieurs pays européens ont annoncé des plans d'évacuation de leurs ressortissants. Le Portugal a ainsi rapatrié 114 personnes (80 Portugais et 34 étrangers) et l'Autriche a évacué 62 Européens. La Turquie a de son côté évacué tôt ce mercredi 3.000 de ses ressortissants par bateau depuis Benghazi. Les deux ferrys, l'Orhan Gazi et l'Osman Gazi, devraient mettre 20 heures à rejoindre Marmaris, dans le sud-ouest de la Turquie.