« Je mourrai ici en martyr »

lucie soullier

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Mouammar Kadhafi a promis de « purger la Libye maison par maison ».
Mouammar Kadhafi a promis de « purger la Libye maison par maison ». — DR

« Mouammar est le chef de la révolution jusqu'à la fin des temps. » Hier, Kadhafi, enveloppé dans une tunique marron, a prononcé son second discours en deux jours. « Je ne quitterai pas ce pays, je mourrai ici en martyr. » Une allocution violente et confuse, dans laquelle le dirigeant libyen, son livre vert à la main, s'est posé en libérateur de la population. Annonçant la formation de nouveaux comités révolutionnaires, il a exhorté ses partisans à descendre dans les rues, dès aujourd'hui. Et ce, pour reprendre le contrôle à « cette poignée de jeunes, drogués par des bandes criminelles » qui veulent transformer la Libye en Etat islamique. Dressant la liste des crimes passibles de peine de mort, il a invité les familles à rassembler leurs enfants. Et si les « manifestations de miséreux et de mercenaires » continuent contre lui, Mouammar Kadhafi promet de « purger la Libye maison par maison ». La menace de répression est claire et le risque de guerre civile réel.

Rapatriement des expatriés
Même si Kadhafi affirme qu'il n'a « pas encore donné l'ordre d'utiliser la force », la violence a déjà pris possession du pays. Selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), la répression a déjà fait au moins 300 à 400 morts. « Des crimes contre l'humanité » seraient commis dans tout le pays par les forces de sécurité, selon Navi Pillay, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme qui a réclamé, hier, l'ouverture d'une enquête internationale. Un bain de sang condamné par la communauté internationale et qui provoque la fuite massive des expatriés. Hier, trois avions ont décollé de Paris pour évacuer les 750 ressortissants français de Libye. L'Italie et les Pays-Bas avaient aussi envoyé des avions militaires. Plusieurs milliers de Tunisiens fuyaient, quant à eux, par la frontière ouest. A l'autre bout du pays, le régime semble commencer à perdre pied. Ainsi, selon l'officier libyen Hany Saad Marjaa, « toutes les régions orientales échappent maintenant au contrôle de Kadhafi ».

Un discours « très, très effrayant » pour Merkel

Les déclarations se sont multipliées, hier, pour condamner les violences en Libye. La chancelière allemande, Angela Merkel, a qualifié le discours de Mouammar Kadhafi de « très, très effrayant ». Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est également réuni à huis clos, hier, pour discuter de la crise et les représentants de pays occidentaux, ainsi que la délégation libyenne, qui a rompu avec Kadhafi, ont réclamé une initiative du Conseil de sécurité.