Rafic Hariri, symbole de l'émancipation du Liban

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Rafic Hariri a été assassiné, avec 22 personnes, le 14 février 2005 dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth.
Rafic Hariri a été assassiné, avec 22 personnes, le 14 février 2005 dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. — Ramzi Haidar AFP/Archives

Avec l’attentat mortel contre Rafic Hariri, le 14 février 2005, le Liban perd une figure emblématique. L'ancien Premier ministre libanais a été un architecte de la reconstruction économique du Liban après la guerre (1975 – 1989) et une personnalité respectée dans le monde de la finance internationale. Musulman sunnite, il fait fortune dans l’immobilier en Arabie saoudite avant de se passionner pour la politique et d'accéder au pouvoir au Liban, pour la première fois en 1992. Il passe dans l'opposition en octobre 2004 après avoir présenté la démission de son gouvernement.
Locataire du "Sérail", siège des bureaux du Premier ministre à Beyrouth, de 1992 à 1998 puis de 2000 à 2004, il sort grand vainqueur avec ses alliés des dernières législatives en 2000, rassemblant autour de son nom une écrasante majorité de députés (107 sur 128).
A la tête de cinq gouvernements entre 1992 et 2004, Rafic Hariri ne peut pas faire sans l’influence de Damas, ingérence syrienne remise en cause à plusieurs reprises, notamment par Les Etats-Unis et la France, tout deux à l’initiative de la résolution 1559 (retrait des troupes syriennes).

Ce magnat de l'immobilier, à la fortune estimée à plusieurs milliards de dollars, est né à Saïda (sud) d'un père ouvrier agricole. Il quitte le Liban à 18 ans pour tenter sa chance en Arabie saoudite. Il enseigne d'abord les mathématiques dans un lycée de Djeddah, sur la mer Rouge, puis se lance dans la construction immobilière, profitant du développement sans précédent de ce marché dans la foulée du choc pétrolier de 1973, qui fait affluer les pétrodollars dans les caisses du royaume.
La chance lui sourit en 1977. Chargé par le roi Khaled de construire le palais de Taëf, il promet de l'ériger en moins de six mois. Promesse tenue, il gagne la confiance du prince héritier Fahd, aujourd'hui sur le trône. En 1978, privilège rare, il obtient la nationalité saoudienne.

Durant ses premiers gouvernements, Rafic Hariri veut mettre son carnet d'adresses au service de son pays. Il sillonne alors le monde pour redonner confiance aux investisseurs étrangers et libanais expatriés, les incitant à revenir au Liban après la guerre civile (1975-1990) et ce malgré l'interminable conflit du Proche-Orient.
Parallèlement, il pilote la restauration de l'Etat et des infrastructures, alors que ses bulldozers prennent possession du centre de la capitale dont la reconstruction a été confiée à une société privée, Solidere, qu'il avait fondée et qui est cotée à la bourse de Beyrouth.
En novembre 2002, il obtient l'accord de la communauté internationale, réunie à Paris, pour venir au secours du Liban qui risque l'asphyxie financière, en contrepartie de réformes économiques prévoyant notamment la privatisation de divers secteurs de l'économie. Cependant, ses divergences avec le président Emile Lahoud ont paralysé l'exécutif et empêché la mise en oeuvre de ces réformes. Le Liban ploie toujours aujourd'hui sous une dette d'environ 35 milliards de dollars, soit près du double de son PIB.
Outre la famille royale saoudienne, il entretenait des relations suivies avec Jacques Chirac. A l’annonce de sa mort, le président français à réaffirmé « l’amitié indéfectible » de la France pour le Liban avant de rencontrer la veuve Hariri lors des obsèques de l’ancien Premier ministre.