Le ministre de la Défense allemand Karl-Theodor zu Guttenberg à Berlin le 28 janvier 2011.
Le ministre de la Défense allemand Karl-Theodor zu Guttenberg à Berlin le 28 janvier 2011. — REUTERS/Thomas Peter

POLEMIQUE

Allemagne: Le ministre de la Défense accusé de plagiat dans sa thèse de doctorat

Karl-Theodor zu Guttenberg est en mauvaise posture après ces révélations...

«Baron du copier-coller»: C'est le nouveau surnom du ministre allemand de la Défense, l'atypique Karl-Theodor zu Guttenberg. Ce dernier est accusé de plagiat dans sa thèse de doctorat.

Et la pression monte sur le plus populaire des ministres: selon les télévisions publiques ZDF et ARD, il s´est rendu jeudi soir à la chancellerie pour une discussion avec Angela Merkel qui lui a demandé quelques éclaircissements. Rien de plus n'a filtré de ces entretiens.

L'affaire tombe au plus mal pour les conservateurs à trois jours d'un scrutin régional - les élections de la ville-Etat de Hambourg dimanche - où les chrétiens démocrates, parti d'Angela Merkel, sont attendus perdants.

Deux plaintes pour plagiat déposées

Jeudi matin, la presse s'était déchainée contre zu Guttenberg. La palme revenait au Financial Times Deutschland, peu suspect de dérive gauchiste, qui titrait «Freiherr von cut and paste» (Baron du copier-coller), attribuant à chaque mot une note en bas de page, ce qu'aurait omis l'aristocrate ministre dans la thèse qui lui vaut le titre de Docteur en Droit Summa cum laude de l'Université de Bayreuth (Bavière) depuis 2007.

Cette institution lui a donné deux semaines pour se justifier, et deux plaintes pour plagiat ont déjà été déposées.

Le jeune ministre (39 ans), qui a troqué l'Economie pour la Défense en octobre 2009 à la faveur d'une bavure en Afghanistan pour laquelle son prédécesseur a démissionné, et qui est parfois présenté comme un successeur de Merkel, s'est déjà retrouvé au centre de plusieurs polémiques.

Mal aimé des journalistes

Boucles noires gominées et sourire éclatant, le baron Karl-Theodor Maria Nikolaus Johann Jakob Philipp Franz Joseph Sylvester von und zu Guttenberg, dont le lignage remonte au Moyen-Age, apparaît régulièrement dans les magazines, en smoking, en battle dress ou en T-shirt à un concert de rock.

Cette exposition fait grincer des dents dans un pays où les politiques sont discrets sur leur vie privée. Une visite aux troupes en Afghanistan à la veille de Noël avec sa blonde épouse Stephanie, née von Bismarck, et un célèbre animateur de talk shows télévisés, avait provoqué un tollé médiatique.

«Les gens aiment bien qu'il ne soit pas un produit de la politique berlinoise», commentait pour l'AFP Manfred Güllner, directeur de l'institut de sondages Forsa. «Mais les journalistes le trouvent arrogant». L'affaire a éclaté mercredi dans le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung (SZ). Un professeur de droit affirmait qu'en plusieurs endroits la thèse était «un audacieux plagiat» et «une supercherie».

Chasse au plagiat sur le Web

Depuis, nombre de journaux ont enquêté et l'hebdomadaire Der Spiegel a par exemple trouvé des dizaines de pages qui seraient directement empruntées à diverses publications, sans crédit. Une «chasse au plagiat» est ouverture sur le Web, où un universitaire demande aux internautes leru coopération pour décortiquer la thèse.

La professeur de Science politique qui est l'auteur des pages identifiées par le SZ, Barbara Zehnpfennnig, réclamait jeudi que le ministre soit déchu de son titre de docteur. «Je suis stupéfaite que quelqu'un puisse faire quelque chose d'aussi flagrant», a-t-elle commenté.

«Le reproche selon lequel ma thèse de doctorat serait un plagiat est incompréhensible», s'était défendu mercredi le ministre, se disant «tout à fait prêt à examiner si les plus de 1.200 notes en bas de pages et 475 pages de notes ont été correctement insérées là où elles le devraient». Jeudi, il est resté muet.