Qui sont les leaders du Hamas?

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Convaincu que le Hamas prône toujours sa destruction, Israël veut isoler le mouvement radical qui semble pourtant avoir opté pour une approche "pragmatique" en évoquant une prolongation de la trêve.
Convaincu que le Hamas prône toujours sa destruction, Israël veut isoler le mouvement radical qui semble pourtant avoir opté pour une approche "pragmatique" en évoquant une prolongation de la trêve. — Mohammed Abed AFP

Khaled Mechaal, l’exilé

Grand, brun, moustache et barbe poivre et sel, Khaled Mechaal, 48 ans, est un des membres fondateurs du Hamas en 1987. Chef du bureau politique du Hamas depuis 1966, il est considéré à ce titre comme le numéro 2 du mouvement islamiste. Dans le collimateur d’Israël, il a fait l’objet le 25 septembre 1997, dans une rue d’Amman (Jordanie), d’une tentative d’assassinat par empoisonnement par des agents du Mossad israélien, le plongeant dans le coma. Furieux, le roi Hussein de Jordanie a exigé du gouvernement israélien de lui fournir l’antidote en échange de la libération des auteurs de l’attentat. En 1999, Khaled Mechaal, marié et père de trois filles et quatre garçons, est finalement expulsé avec d’autres dirigeants du Hamas par Amman pour « activités illégales ».
En exil entre Damas et Doha, Khaled Mechaal a été propulsé sur les devants de la scène après l'assassinat par Israël en 2004 des principaux chefs du mouvement, Ahmad Yassine et Abdelaziz Rantissi., Khaled Mechaal prône « la lutte militaire jusqu’à la libération de toute la terre palestinienne ». « Nous avons réussi dans la résistance, et nous allons réussir dans la politique, les réformes et le changement », a-t-il assuré après la victoire écrasante de son mouvement aux législatives palestiniennes du 25 janvier. Il s’est dit prêt, toutefois, à un partenariat avec le Fatah. « Nous voulons un partenariat. Nous tendons la main au Fatah, nous avons besoin les uns des autres » et devons travailler ensemble « pour l'intérêt du peuple palestinien », a déclaré Khaled Mechaal lors d'une conférence de presse à Damas le 28 janvier. Il envisage désormais de revenir s’installer à Gaza.

Ismaïl Haniyeh, le pragmatique

Ismaïl Haniyeh, qui pourrait se voir confier la direction d’un gouvernement du mouvement islamiste Hamas, est un homme politique radical, qui ne voit pas de contradiction entre diriger une milice et siéger au Parlement.
Apparatchik vivant dans un camp de réfugiés, il symbolise depuis longtemps ce que les analystes Palestiniens appellent une « option réaliste » au sein du mouvement islamiste.
A 43 ans, la barbe grisonnante et bien taillée, vêtu le plus souvent d’une chemise et d’un blazer, l’homme incarne la lutte interne au sein du Hamas entre résistance armée et combat politique conventionnel. Les militants du Hamas considèrent Hanyieh comme un « pragmatique », ouvert d’esprit. Il a joué un rôle-clé dans l’acceptation par les factions palestiniennes et le Hamas d’une trêve des attaques anti-israéliennes en 2005, qu’il a négociée avec Mahmoud Abbas et les chefs des autres groupes armés. Dans la bande de Gaza, bastion du Hamas, il est auréolé de prestige, ayant été l’ancien chef de bureau de cheikh Ahmed Yassine, le fondateur et leader spirituel du Hamas, tétraplégique, assassiné par Israël en mars 2004 dans un raid d'hélicoptère.
Haniyeh a longtemps lorgné du côté du Conseil législatif palestinien. Il avait présenté sa candidature lors des premières élections législatives palestiniennes en 1996, mais il avait été forcé de renoncer à ses ambitions lorsque le Hamas avait refusé de participer au scrutin.
Mais Haniyeh peut susciter des craintes voire des inquiétudes parmi la communauté internationale en soutenant que le futur Etat palestinien devrait inclure « toute la Palestine et qu’il doit être gouverné par des lois « inspirées par la charia ». C’est seulement lorsque ces objectifs du Hamas seront réalisés, que le mouvement radical palestinien ferait taire ses armes, affirme Haniyeh.
L’image d’homme modeste et intègre de Haniyeh tranche avec la réputation de corruption des dirigeants du Fatah. Il réside dans le camp de réfugiés de Chatti, l’une des zones les plus pauvres de Gaza. Sa maison modeste fait face, de l’autre côté de la ville, aux villas cossues des responsables du Fatah.

Mahmoud Zahar, le « faucon »

Mahmoud Zahar, la soixantaine, médecin, est considéré comme un « faucon » au sein du Hamas. Membre fondateur dans les années 1970 du Majmaa el-Islami, dont est issu le le mouvement islamiste, il est l’un des plus farouches adversaires du Fatah, le mouvement fondé par Yasser Arafat. Il est considéré, avec Haniyeh, comme le patron du Hamas dans les territoires palestiniens. Dans une interview au Sunday Telegraph du 29 janvier, Ahmoud Zahar a affirmé que son organisation ne reconnaîtrait pas Israël mais qu’elle pourrait être capable de parvenir à une trêve, une « hudna ». « On ne va pas reconnaître Israël », a déclaré Mahmoud Zahar depuis sa maison dans la ville de Gaza, mais « on pourrait parvenir à une trêve à long terme », une « hudna », a-t-il ajouté.
En septembre 2003, Mahmoud Zahar a perdu son fils dans un raid israëlien ciblé contre son domicile.

Cheikh Mohammed Abou Tir

Dans sa maison moderne en banlieue de Jérusalem-Est, Cheikh Mohammed Abou Tir accueille les visiteurs avec un sourire engageant. Ce cinquantenaire à l’éclatante barbe orange (teintée au henné selon un commandement du prophète) est le numéro deux de la liste nationale du mouvement radical palestinien Hamas, rebaptisé « Parti de la réforme et du changement » pour les élections législatives. La cinquantaine, Mohammed Abou Tir, est un ancien détenu du Hamas dans les prisons palestiniennes. Contrairement à la plupart des autres dirigeants de son mouvement, il est plutôt partisan de négociations et d’un accord avec Israël.
« Nous n’avons rien contre les Juifs, assure cheikh Abou Tir, je n’ai aucun problème à leur serrer la main. » Aujourd’hui, le Hamas, sans l’affirmer clairement, n’écarte plus la possibilité de négociations avec Israël, mais sous conditions : « Nous voulons la fin de l’occupation, le retour des réfugiés, la libération de nos prisonniers et Jérusalem comme capitale », explique Abou Tir.