Liban: Beyrouth voudrait ressusciter sa révolution

REPORTAGE Six ans après l'assassinat de Rafic Hariri...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Des partisans de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, à Beyrouth, le 14 février 2011.
Des partisans de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, à Beyrouth, le 14 février 2011. — Jamal Saidi / Reuters

«Regardez ce qu’il se passe dans les autres capitales arabes! Nous au Liban, nous faisons le chemin inverse!», s’emporte Karim, jeune partisan du Courant du Futur, le parti de Saad Hariri, tête de pont du bloc du 14 Mars. En ce 14 février, une partie des Libanais commémore le 6e anniversaire de l’assassinat du père, Rafic, dans un attentat à la voiture piégée. Cet assassinat avait provoqué la «révolution du cèdre», au printemps 2005, le retrait des troupes syriennes présentes depuis 30 ans et un changement de pouvoir. Changement effacé le 12 janvier dernier quand le Hezbollah et ses alliés ont démissionné du gouvernement, renversant la majorité parlementaire.

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Virtuellement poussé vers l’opposition, le 14 Mars négociait depuis trois semaines avec le nouveau Premier ministre, Nagib Mikati. Etiqueté «candidat du Hezbollah», Mikati espérait malgré tout voir le 14 Mars participer au prochain gouvernement. La réponse est arrivée aujourd’hui: c’est «niet». Lundi après-midi, dans une salle chauffée à blanc, les ténors de la «révolution du cèdre» – les chrétiens Samir Geagea des Forces Libanaises et Amine Gemayel des Kataeb, le sunnite Saad Hariri, auxquels s’est joint le chiite Mohammad Abdel Hamid Beydoun, un transfuge de l’autre camp – ont répété leurs constantes: indépendance, liberté, refus de l’intimidation des armes du Hezbollah, et justice internationale.

«Nous voulons la vérité, pas le pouvoir»

Mikati n’ayant pas pu donner d’assurance à Hariri & Co sur la participation du Liban au Tribunal spécial international (TSL) chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, le 14 Mars préfère donc se projeter comme force d’opposition, dans un pays habitué au consensus et aux gouvernements d’union nationale. «Quand on m’a demandé de retirer de mon bureau la photo de mon père et celle de la Révolution du cèdre pour que je puisse rester Premier ministre, j’ai dit non, a scandé Hariri junior devant une foule acquise à sa cause. Nous voulons la vérité, pas le pouvoir. Nous voulons la liberté et de vraies institutions, pas le pouvoir. Le TSL n’est ni américain, ni français, ni israélien (ndlr: contrairement à ce qu’affirme le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah). Il ne vise ni un camp ni une communauté. Nous soutiendrons ses conclusions, sans vouloir entrer en confrontation avec les chiites. C’est une question de justice!»

La nouvelle majorité parlementaire – organisée autour du Hezbollah et du Courant patriotique libre de Michel Aoun – va maintenant presser Nagib Mikati de former un gouvernement monochrome. Autre alternative évoquée par le centriste Mikati : un gouvernement de technocrates chargé d’expédier les affaires courantes. Hariri et ses alliés, eux, ont donné rendez-vous à leurs partisans le 14 mars prochain pour une grande manifestation au centre-ville. En espérant que celle-ci attire la «majorité silencieuse», présente en force en 2005 mais déçue par cette «révolution du cèdre» qui n’a rien changé dans le fond.