Des Egyptiens au coucher du soleil, sur la place Tahrir, le 11 février 2011, après le départ de Moubarak.
Des Egyptiens au coucher du soleil, sur la place Tahrir, le 11 février 2011, après le départ de Moubarak. — REUTERS/D.MARTINEZ

MONDE

Egypte: Moubarak s'en va, les Egyptiens plein d'espoir

Après une journée historique vendredi, la communauté internationale a demandé la mise en place d'une transition vers un Etat démocratique...

Historique. Comme les Tunisiens avant lui, le peuple égyptien a obtenu gain de cause avec le départ d'Hosni Moubarak, vendredi. Après trois décennies de régime autocratique, il a remis le pouvoir à l'armée et a quitté le Caire pour sa résidence de Charm-el-Chaikh.

Le vice-président Omar Souleimane a annoncé qu'un conseil militaire administrerait le pays le plus peuplé du monde arabe. Un scrutin présidentiel libre et équitable est promis pour septembre prochain.

Joie sur la Place Tahrir

Sur la place Tahrir du Caire, épicentre du mouvement de protestation, des centaines de milliers de manifestants ont accueilli la nouvelle du départ du raïs par des larmes de joie et en s'embrassant. Les uns scandaient «le peuple a renversé le régime», d'autres «Allahu Akbar» (Dieu est grand).

«C'est le plus grand jour de ma vie», a déclaré le dirigeant d'opposition Mohamed ElBaradeï, lauréat du prix Nobel de la paix, en saluant une période de partage du pouvoir entre le peuple et l'armée. Il a dit à Reuters ne pas songer à briguer la présidence égyptienne. Des scènes de liesse analogues à celles du Caire ont eu lieu dans les rues d'Alexandrie et d'autres villes où l'on déployait des drapeaux au son des klaxons.

Un vice-Premier ministre en charge de la transition bientôt nommé

Immédiatement informé, Barack Obama a estimé dans la soirée que Hosni Moubarak, avait entendu l'appel au changement du peuple égyptien en démissionnant mais a ajouté que de nombreuses questions restaient sans réponse et a appelé l'armée à respecter la volonté du peuple et à mettre en place une transition vers un régime démocratique.

Dans l'immédiat, c'est le ministre de la Défense, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, qui dirige lui-même le Conseil suprême des forces de l'armée, qui s'était réuni la veille en promettant de répondre aux revendications du peuple.

Premier signe d'ouverture, le vice-président a demandé au Premier ministre Ahmed Chafik de désigner un vice-Premier ministre issu du «comité des sages», qui sera chargé de réfléchir à la transition politique en Egypte. Ce vice-Premier ministre supervisera le «dialogue national» lancé entre le pouvoir, l'opposition et des personnalités indépendantes. Le «comité des sages» comprend des avocats, des universitaires ainsi que des hommes d'affaires, comme le magnat des télécoms Naguib Sawiris.

Avenir ouvert mais précaire

Le retrait du raïs, âgé de 82 ans, après un soulèvement sans précédent représente une victoire populaire propre à ébranler les autocrates au pouvoir dans le monde arabe et au-delà. Sa chute intervient quatre semaines jour pour jour après celle du Tunisien Zine ben Ali.

Vendredi, l'armée a donné l'assurance que des réformes démocratiques auraient lieu, en se disant prête à lever l'état d'urgence en vigueur depuis 1981 «dès que la situation le permettrait».

Mohamed el Katatni, un des responsables des Frères musulmans, a salué ce «jour de victoire» mais s'est aussi montré prudent sur la suite des événements. «Ce n'est que la fin du début», confirme Jon Alterman, du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS). «L'Egypte ne se dirige pas vers la démocratie, elle est entrée dans la loi martiale, et la direction qu'elle suit est l'objet d'un débat», ajoute-t-il.

Israël a réagi en exprimant l'espoir que la démission de Moubarak ne changerait rien à ses relations pacifiques avec l'Egypte, l'un des deux seuls pays arabes liés à l'Etat hébreu par un traité de paix.

L'Egyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue Arabe, a évoqué quant à lui une «grande opportunité» pour les Egyptiens.