Julian Assange se bat pour ne pas être extradé en Suède

JUSTICE Ses avocats craignent qu'il soit ensuite être extradé vers les Etats-Unis, où il risquerait la peine de mort après la diffusion de cables diplomatiques américains...

B.D. avec Reuters

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Julian Assange devant le manoir dans lequel il réside près de Norwich, en Grande-Bretagne, depuis sa libération sous caution, le 17 décembre 2010.
Julian Assange devant le manoir dans lequel il réside près de Norwich, en Grande-Bretagne, depuis sa libération sous caution, le 17 décembre 2010. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Julian Assange et ses avocats se sont opposés ce lundi devant un tribunal britannique à la demande d'extradition du fondateur de WikiLeaks vers la Suède, où il est soupçonné d'agressions sexuelles. Pour les avocats du cabinet Finers Stephens Innocent, une fois en Suède Julian Assange, 39 ans, pourrait ensuite être extradé vers les Etats-Unis, où il risquerait la peine de mort pour avoir diffusé sur son site internet des milliers de notes confidentielles du département d'Etat et plongé la diplomatie américaine dans l'embarras.

Deux jeunes femmes qui travaillaient en Suède pour WikiLeaks accusent d'agressions sexuelles leur patron australien, qui clame son innocence. Geoffrey Robertson, l'un des avocats d'Assange, a déclaré au juge Howard Riddle que son client ne pourrait pas avoir de procès équitable en Suède car les affaires de viol y sont jugées à huis clos. «On ne peut pas avoir de procès juste quand la presse et le public sont tenus à l'écart (...) Il y a un risque évident de violation des droits fondamentaux de mon client», a-t-il dit.

Sa vie «confinée dans une boîte noire»

A Stockholm, des responsables suédois ont confirmé que les procès pour viol se tenaient généralement à huis clos. «Depuis cinq mois et demi, nous sommes dans une situation où ma vie a été confinée dans une boîte noire à l'extérieur de laquelle le mot "viol" a été inscrit. Mais, grâce à un processus judiciaire transparent, nous sommes en train d'ouvrir cette boîte», a-t-il dit à l'issue de la première journée d'audience devant le tribunal de Belmarsh, dans le sud-est de Londres.

Dans leur plaidoirie, ses avocats affirment qu'il risque la peine de mort s'il finit par se retrouver entre les mains de la justice américaine. «Il y a risque réel, s'il est extradé en Suède, que les Etats-Unis demandent son extradition et/ou son transfert illégal aux USA, où il pourrait être placé en détention à Guantanamo», disent-ils dans un document de 74 pages. «Si M. Assange était transféré aux USA sans l'assurance qu'il ne sera pas condamné à mort, il y a un réel risque qu'on le condamne à la peine capitale», estiment les avocats.

Torture

Il risquerait également, selon eux, de subir de mauvais traitements, voire d'être victime de torture, des pratiques condamnées par la convention européenne des droits de l'homme. Pour le parquet, Clare Montgomery a répliqué que rien ne laissait supposer qu'Assange serait un jour remis aux Américains et que de toute façon l'accord de la Grande-Bretagne serait indispensable à une telle mesure. Elle a en outre souligné que la justice suédoise réclamait Assange dans un premier temps pour l'entendre et qu'elle n'avait pas encore décidé s'il fallait ou non le poursuivre.

La justice suédoise veut qu'Assange lui soit livré aux termes d'un mandat d'arrêt européen, une procédure introduite en 2004 pour faciliter et accélérer les extraditions entre pays membres de l'Union européenne. Pour rejeter une telle demande, les motifs sont limités. Il s'agit notamment de savoir si les droits fondamentaux du suspect seront respectés dans le pays qui le réclame ou si le mandat d'arrêt a été émis dans des formes régulières.