Les Yéménites manifestent à Sanaa et dans tout le pays

YEMEN Ils sont à leur tour rassemblés pour un «Jour de colère»...

Avec Reuters

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Des Yéménites manifestent contre le gouvernement, à Sanaa, le 3 février 2011.
Des Yéménites manifestent contre le gouvernement, à Sanaa, le 3 février 2011. — REUTERS/Khaled Abdullah

Plus de 20.000 manifestants se sont rassemblés ce jeudi dans les rues de Sanaa, au Yémen, pour réclamer un changement de régime. Les manifestants antigouvernementaux, inspirés par les événements de Tunisie et d'Egypte, entendaient faire savoir au président Saleh que sa promesse de quitter le pouvoir en 2013 n'était pas suffisante.

Un nombre équivalent de partisans du chef de l'Etat ont pris part à une contre-manifestation dans la capitale: ce jeudi matin, les partisans du gouvernement ont sillonné la capitale munis de mégaphones pour inviter les habitants à se joindre aux contre-manifestations.  Les partisans de Saleh, acheminés par autocar comme l'a constaté un journaliste de Reuters, estimaient quant à eux que le président avait répondu aux revendications de l'opposition. «Oui au président. Non au chaos. Oui à la stabilité!», ont-ils scandé.

«Non à la corruption! Non à la dictature!»

En début de matinée, la mobilisation des contestataires, inspirés par leurs homologues tunisiens et égyptiens, était sans précédent depuis le début du mouvement, entamé il y a deux semaines.  «Le peuple veut un changement de régime! Non à la corruption! Non à la dictature!», scandaient les manifestants. Aucun heurt n'a été signalé à Sanaa, où les deux cortèges se sont dispersés à la mi-journée.

«Le peuple veut un changement de régime», ont scandé des manifestants anti-Saleh près de l'université de la capitale, leur point de ralliment. «Non à la corruption, non à la dictature!», entendait-on également. Entre autres concessions, le président s'est engagé mercredi à céder le pouvoir à la fin de son mandat, qui expire en 2013, et a exclu que son fils lui succède, ce qui n'a pas apaisé ses détracteurs.

Sept manifestants arrêtés à Aden

Le parti islamiste Islah, plus importante force de l'opposition yéménite, avait jugé que l'initiative de Saleh allait dans le bon sens, mais avait exclu de suspendre ses manifestations. Le front de l'opposition semblait toutefois se fissurer jeudi, certains militants réclamant un départ immédiat de Saleh tandis que d'autres se bornaient à demander qu'il tienne ses engagements de mercredi.

Des manifestations antigouvernementales ont eu lieu dans d'autres villes du Yémen comme Taïz, dont Saleh fut naguère le gouverneur militaire, mais aussi dans des villes du sud du pays, où le mouvement séparatiste est de plus en plus actif. A Aden, la manifestation des opposants à Saleh a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes par les forces de sécurité, et deux personnes ont été blessées dans des échauffourées. Sept manifestants ont été appréhendés.

Obama félicite Saleh

Les enjeux sont d'importance pour ce pays en proie à un regain d'activité d'Al-Qaida, mais aussi à une guérilla séparatiste au Sud et à un soulèvement chiite dans le nord, le tout sur fond de pauvreté endémique. Un tiers des Yéménites souffrent régulièrement de la faim.

Washington compte fermement sur l'action de Sanaa face à des extrémistes islamistes dont les activités s'étendent au-delà de la frontière saoudienne et qui mettent en péril la stabilité de l'ensemble de la région. Selon l'agence de presse officielle Saba, Barack Obama a téléphoné à son homologue yéménite pour saluer son inititiative de mercredi. «Vous avez bien géré la situation et j'ai hâte de coopérer avec vous dans le cadre d'un partenariat bénéfique pour nos deux pays», lui aurait-il déclaré.