Egypte: une évolution, pas une révolution souhaitée par les Etats-Unis

DIPLOMATIE Soutenir Moubarak ou les manifestants: le dilemme d'Obama...

Philippe Berry avec Reuters
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Hosni Moubarak et Barack Obama à la Maison Blanche, le 1er septembre 2010.
Hosni Moubarak et Barack Obama à la Maison Blanche, le 1er septembre 2010. — REUTERS/J.REED

Deux pays presque voisins, deux discours radicalement différents. «Laissez-moi être clair: les Etats-Unis se tiennent aux côtés des Tunisiens et soutiennent les aspirations démocratiques de tous les peuples», tonnait Barack Obama mardi soir, devant un Congrès debout. Sur l'Egypte? Rien, ou presque.

C'est la secrétaire d'Etat qui a eu la charge de s'aventurer en terrain miné, mercredi. «Nous supportons le droit fondamental d'exprimer son opinion et de manifester, mais nous encourageons tous les partis à la retenue et à ne pas recourir à la violence», a prudemment déclaré Hillary Clinton.

«Ne pas prendre parti»

Sous pression, Obama est finalement sorti de son silence, jeudi. Selon le président américain, les réformes «politiques et économiques» sont «cruciales» pour l'avenir de l'Egypte. Cependant, il a noté que Moubarak jouait un rôle «très utile sur un éventail de questions difficiles au Proche-Orient».

Un peu plus tard, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs a fait savoir que les Etats-Unis croyaient à la stabilité du gouvernement égyptien et considéraient Moubarak comme un allié important au Proche-Orient. «Ce n'est pas un choix entre le gouvernement et le peuple de l'Egypte, a-t-il déclaré. «Il ne s'agit pas de prendre parti.»

Stabilité du Proche-Orient

En pratique, cette neutralité est toute relative. Washington est le plus gros pays donateur, notamment en matériel militaire, et a soutenu le régime en place à coup de milliards de dollars –seul Israël reçoit davantage. «En d'autres termes, si les forces de sécurité décidaient de tirer sur la foule, ça sera avec des armes américaines», développe Shadi Hamid, directeur de recherche au Brookings Doha Center, dans une analyse publiée sur The Atlantic.

Selon le chercheur, pour les manifestants, «le silence américain» n'est pas synonyme de neutralité mais «de complicité» avec le régime.

Il estime qu'Obama est «coincé» pour l'instant. «La perte de la stabilité en Tunisie était acceptable pour Washington», analyse-t-il. Mais la situation est plus complexe avec Osni Moubarak. D'abord l'Egypte partage une frontière avec Israël et reste l'un des acteurs clés du processus de paix au Proche-Orient. Surtout, si le régime en place tombe, «Washington court le risque de voir une percée de groupes très anti-Américains comme les Frères musulmans».