La Tunisie veut juger Ben Ali, mais attend toujours le remaniement ministériel

MONDE Alorsque le gouvernement Ben Ali a été chassé du pouvoir par la population depuis le 14 janvier dernier...

C.C. avec Reuters

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Z.BENSEMRA / REUTERS

Le gouvernement tunisien a tenté mercredi de donner des gages de rupture avec l'ancien régime de Zine ben Ali avec l'exclusion probable des ministres «bénalistes» et le lancement d'un mandat d'arrêt international contre l'ex-dirigeant et son épouse exilés en Arabie saoudite.

Le remaniement promis pour mercredi devrait finalement concerner des ministères régaliens, ainsi que l'exigent les manifestants désireux de tourner complètement la page de l'ère Ben Ali, renversé le 14 janvier après un mois de contestation sociale et politique dans la rue. Les portefeuilles de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, dont les titulaires étaient membres du RCD, le parti de Ben Ali, devraient ainsi changer de mains, a-t-on appris dans les milieux politiques.

Heurts entre manifestants et policiers à Tunis

Dans un premier temps, il était prévu que le remaniement consisterait essentiellement à remplir les postes laissés vacants par cinq démissions. Des manifestants réclament depuis des jours que le gouvernement mis en place dans l'attente d'élections soit purgé des ministres autrefois membres du RCD.  Ce mercredi encore, la centrale syndicale UGTT avait lancé un mot d'ordre de grève générale à Sfax, deuxième ville et centre économique de Tunisie, où des milliers de manifestants ont réclamé la démission du gouvernement.

Des heurts ont d'ailleurs à nouveau opposé mercredi des manifestants à la police, près du palais gouvernemental de la Kasbah à Tunis, après plusieurs jours de protestation globalement pacifique. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des centaines de personnes, en majorité des adolescents et des jeunes gens, qui jetaient des pierres.

Il semblait s'agir de jeunes manifestants venus de régions rurales déshéritées qui campent devant le siège du gouvernement. Ils ont crié aux forces de sécurité qu'elles étaient la «police de Leila», allusion à l'épouse honnie de Ben Ali, accusée d'avoir une influence excessive sur son mari et des goâts de luxe.

Six membres de la garde présidentielle jugés pour «conspiration contre la sûreté de l'Etat et incitation à la violence armée»

Le gouvernement a sollicité l'aide d'Interpol pour obtenir l'arrestation de Zine ben Ali et de son épouse afin de les juger pour détournements de fonds durant leurs 23 années à la tête du pays. Le mandat d'arrêt international à l'origine de la demande transmise à Interpol vise aussi d'autres membres de la famille, a déclaré mercredi le ministre de la Justice, Lazhar Karoui Chebbi.

«Nous demandons à Interpol de trouver tous ceux qui ont fui, y compris le président et cette femme, afin de les juger en Tunisie», a-t-il dit. Il a aussi annoncé que six membres de la garde présidentielle seraient jugés pour incitation à la violence après le départ de Ben Ali. Des manifestants ont réussi à s'introduire dans le bâtiment où le ministre de la Justice tenait sa conférence de presse. A l'issue de celle-ci, ils se sont pressés autour de lui pour réclamer la libération de proches toujours emprisonnés.

Les Etats-Unis prêts à aider

Chebbi a déclaré que 11.000 détenus, soit un tiers de la population carcérale du pays, avaient profité du désordre provoqué par la chute de Ben Ali pour s'évader et que 2.460 autres avaient été libérés. Il n'a pas précisé combien d'entre eux étaient détenus pour des raisons politiques. Le gouvernement avait annoncé qu'il libérerait tous les prisonniers politiques.

En parallèle, les Etats-Unis se sont déclarés prêts ce mercredi à assister la Tunisie dans la préparation de ses premières élections libres. Le sous-secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires du Proche-Orient, Jeff Feltman a déclaré lors d'une conférence de presse avoir rencontré des militants de la société civile, des dirigeants de l'opposition et des membres du gouvernement.