Trois morts après les manifestations en Egypte

RÉVOLTE ette «Journée de la colère» était organisée par des cyber-activistes...

J. C. avec Reuters

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Policiers et manifestants se sont affrontés au Caire le 25 janvier 2011.
Policiers et manifestants se sont affrontés au Caire le 25 janvier 2011. — REUTERS/Amr Dalsh

Trois Egyptiens, dont un policier, sont morts ce mardi lors de manifestations qui se sont déroulées dans plusieurs villes du pays pour réclamer la fin du régime du président Hosni Moubarak, a-t-on appris de sources proches des services médicaux et de sécurité.

Heurts avec la police

Deux corps ont été déposés à l'hôpital de Suez avec des blessures causées par des balles en caoutchouc, explique-t-on de source médicale. La télévision nationale a rapporté qu'un policier était mort dans le centre du Caire où des milliers de personnes s'étaient rassemblées et se sont heurtées à la police.

Un responsable au ministère de l'Intérieur a expliqué ne disposer d'aucune information sur les morts à Suez, ajoutant qu'il se renseignait. Selon une source médicale, une soixantaine de personnes ont été indisposées à Suez par l'inhalation de gaz lacrymogènes.

Des gaz lacrymogènes ont été utilisés en plusieurs endroits du pays, notamment au Caire, à Alexandrie, dans le nord, et à Suez, ville située à l'extrémité sud du canal. S'inspirant de la révolte populaire qui a chassé du pouvoir le président tunisien Zine ben Ali, des milliers d'opposants égyptiens étaient descendus mardi dans les rues.

Cette rare démonstration de force contre le régime du président Hosni Moubarak, qui ne l'avait pas préalablement autorisée, avait été baptisée «jour de colère» par ses organisateurs, des activistes actifs sur Internet. Fer de lance des critiques contre Moubarak, 82 ans dont 30 à la tête de son pays, ces cyber-activistes entendaient ainsi profiter de cette journée fériée en l'honneur de la police pour protester contre la répression politique et la pauvreté.

Le réseau Twitter bloqué

Mardi soir, un représentant du service de surveillance Herdict Web de l'université d'Harvard a déclaré à Reuters que selon des Egyptiens, le réseau Twitter était bloqué sur tous les fornisseurs d'accès internet d'Egypte. Cependant, les utilisateurs égyptiens de Twitter continuent d'échanger des messages par SMS ou grâce à des applications tierces, a indiqué le centre.

Au Caire, selon des témoins, plusieurs milliers de protestataires ont répondu aux appels à manifester. Devant le palais de justice, un millier de personnes se sont rassemblées aux cris d'«A bas Moubarak!» avant de défiler sur une artère centrale de la capitale - fait rare.

Des centaines d'autres manifestants se sont massés en divers autres points de la mégalopole, où les attroupements sont généralement dispersés avec promptitude par les forces de l'ordre. Sur l'une des places principales du Caire, des heurts ont eu opposé des contestataires à la police, qui a recouru au canon à eau et aux gaz lacrymogènes pour les disperser. Des témoins évoquent d'autres échauffourées dans au moins deux autres quartiers entre policiers munis de matraques et manifestants.

«Où es-tu liberté?»

Hors de la capitale, des manifestations ont rassemblé des centaines de personnes à Ismaïlia, dans le nord du Sinaï, à Suez et à Alexandrie. Un rassemblement de 200 personnes était signalé également à Mahalla el Koubra. A Ismaïlia, les manifestants scandaient notamment «Où es-tu Liberté?» ou «Gamal, dis à ton père que les Egyptiens te haïssent» - référence à Gamal Moubarak, le fils du président qui passe pour son futur successeur, bien que les deux hommes nient une telle perspective.

Dans le nord du Sinaï, des dizaines de protestataires ont barré en brâlant des pneux la route de Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza, en réclamant la libération de détenus. La tension est fréquente dans cette zone entre bédouins et policiers. Le ministère de l'Intérieur avait prévenu les manifestants qu'il tolérerait de brefs attroupements mais réagirait fermement à toute tentative de défilés.

A Washington, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a lancé un appel à la retenue. «Nous soutenons le droit fondamental d'expression et de réunion pour tous et nous invitons toutes les parties à faire preuve de retenue et à s'abstenir de toute violence, a-t-elle expliqué. Notre évaluation de la situation, c'est que le gouvernement égyptien est stable et cherche les moyens de répondre aux besoins et intérêts légitimes du peuple égyptien.»