Proche-Orient: Al-Jazira révèle des documents gênants pour les Palestiniens

DIPLOMATIE Les négociateurs étaient prêts à de grosses concessions...

Avec Reuters

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Immeubles en construction dans la colonie israélienne de Har Homa près de Jérusalem, le 8 décembre 2010.
Immeubles en construction dans la colonie israélienne de Har Homa près de Jérusalem, le 8 décembre 2010. — B. RATNER / REUTERS

Al-Jazira sur le modèle de WikiLeaks . La chaîne quatarie a diffusé dimanche plusieurs documents sur les coulisses des négociations du processus de paix au Proche-Orient, montrant que les Palestiniens étaient prêts à d’importantes concessions sur le sort de Jérusalem et des  réfugiés, à rebours des positions de fermeté affichées officiellement.  C’est «la plus importante fuite dans l’histoire du conflit israélo-palestinien», selon la chaîne qui assure s’être procuré quelque 1.600 documents de différentes sources, publiés sur un site dédié.

D’après ces compte-rendu officiels, l'Autorité palestinienne a proposé lors d’une rencontre le 15 juin 2008 qu'Israël annexe la plupart des colonies construites dans et autour de Jérusalem depuis 1967, à l’exception d’Har Homa. «C'est la première fois dans l'histoire que nous faisons une telle proposition», avait alors déclaré Ahmed Koreï, un des principaux négociateurs palestiniens à l'époque.

Une proposition historique

Il a souligné que les Palestiniens avaient refusé cette concession lors des négociations conduites par le défunt président palestinien Yasser Arafat en 2000. Mais les Israéliens n'ont rien offert en retour, estimant que l'offre n'allait pas assez loin, précise ce compte-rendu.

Ce même Ahmed Koreï est aussi cité dans ces documents en train de demander à Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères de l’époque, «de renforcer le blocus israélien imposé à Gaza», territoire contrôlé par le Hamas, mouvement rival du Fatah de Mahmoud Abbas.

 

D’autres documents secrets montrent que Saëb Erakat, actuel négociateur palestinien, était prêt à une énorme concession sur le dossier des réfugiés palestiniens, qui représentent quelque 5 millions de personnes. Il s’était dit prêt à «accepter le retour de 10.000 d'entre eux par an sur 10 ans, soit un total de 100.000». Interrogé par Al-Jazira, Saeb Erekat a qualifié le document de «tissu de mensonges».

La confiance du peuple palestinien mise à mal

«Cela expose la direction palestinienne, cela la met dans une position où il lui sera impossible d'obtenir la confiance du peuple», estime un commentateur palestinien, Zakaria al Qak. Interrogé sur Al-Jazira peu après la diffusion du document sur Jérusalem, le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, a qualifié les documents de tissu de mensonges. La chaîne a déclaré s'être procuré ces documents auprès de diverses sources.

«Jérusalem est à nous»

Sur Al-Jazira, Erekat a eu une discussion assez vive avec plusieurs interlocuteurs, dont le rédacteur en chef du quotidien al Qods al Arabi, qui lui a demandé qui avait autorisé les dirigeants palestiniens à «abandonner les lieux saints islamiques».

Le Hamas, le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, a estimé que ces documents mettaient au jour le rôle de l'Autorité palestinienne dans la «tentative de liquider la cause palestinienne». Le commentateur palestinien Zakaria al Qak juge que «cela expose la direction palestinienne, cela la met dans une position où il lui sera impossible d'obtenir la confiance du peuple». Un autre commentateur a estimé qu'il n'y avait là rien de vraiment nouveau et que les conséquences de ces révélations seraient limitées.

Mais ces révélations mettent à mal l'autorité de Mahmoud Abbas qui,  la semaine dernière encore, estimait que l'avenir de Jérusalem n'est pas un sujet de discussion: «De notre point de vue, il n'y a pas de négociations sur Jérusalem. Jérusalem est à nous.» Il avait toutefois également souligné que Jérusalem-Ouest était israélienne et pourrait être la capitale de l'Etat juif.

Le quotidien britannique The Guardian, un des quotidiens choisis par le site WikiLeaks pour analyser des milliers de notes confidentielles du département d'Etat américain diffusées ces dernières semaines, a dit avoir eu accès à ces documents et avoir vérifié la plupart d'entre eux.