Laurence Haïm: «Obama se battra pour le bien de l'Amérique jusqu'au bout»

EDITION La correspondante à Washington pour Canal + et I-Télé analyse pour 20minutes.fr la situation actuelle du président américain...

Propos recueillis par Armelle Le Goff

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Obama tente de rallier les voix des jeunes et des minorités, très mobilisés en 2008.
Obama tente de rallier les voix des jeunes et des minorités, très mobilisés en 2008. — P. MARTINEZ MONSIVAIS / AP / SIPA

Laurence Haïm, correspondante à Washington pour Canal + et I-Télé, est l'auteure de «Obama président. Saison 1» (Editions du Moment).

Barack Obama est entré en fonction il y a maintenant deux ans avec comme objectif de transformer le pays. A l’exercice du pouvoir, n’a-t-il pas un peu déchanté?
Je pense qu’il ne s’attendait pas à avoir autant de problèmes à gérer. C’est ce qui revient le plus fréquemment dans les conversations. Les Etats-Unis traversent une période très difficile. Ils vivent une crise économique avec un chômage de longue durée qui est en passe de s’installer; ils doivent affronter deux guerres en Irak et en Afghanistan; la menace terroriste et la crise de la marée noire dans le golfe du Mexique. En général, un président arrive à la Maison-Blanche arrive avec deux gros dossiers à gérer, là, il en a cinq, c’est beaucoup pour un seul homme.

Du coup, pensez-vous qu’il se représentera pour un deuxième mandat?
Je n’aime pas trop jouer au jeu des prédictions, mais je pense que c’est dans la tradition américaine d’essayer d’emporter un deuxième mandat.

Face à lui, pensez-vous que Sarah Palin, le ticket John McCain, lors de la dernière élection, serait dure à battre?
Elle serait une adversaire plus que redoutable. On ne sait ni si elle se présentera, ni si elle sera investie, mais c’est une femme politique qui a une importance non négligeable et qu’il ne faut surtout pas sous-estimer. De toute façon, la campagne 2012 entre Démocrates et Républicains s’annonce plus que redoutable.

Justement, est-ce qu’Obama est le bon candidat, lui qui semble très rétif aux coups bas et à ce genre de procédés?
Obama se battra pour le bien de l’Amérique, celle qu’il porte en lui, celle de «Yes we can»  jusqu’au bout.

Autour de lui, il y a eu beaucoup de départs de très proches collaborateurs ces derniers mois (Rahm Emmanuel, Robert Gibbs, David Axelrod), du coup, ces deux prochaines années à Washington ne risquent-elles pas d’être un peu dures? 
Non, c’est dans le cours des choses. C’est dans la tradition américaine de permettre le renouveau. La vie à Washington, au cœur du pouvoir, est tellement difficile qu’il faut des changements d’équipes. En outre, Robert Gibbs va travailler pour lui, en prévision de 2012. Je pense que David Axelrod, aussi, d’une façon ou d’une autre. Et David Plouffe qui est aussi un très proche, fait le chemin inverse puisqu’il revient à la Maison-Blanche.

Vous décrivez une administration qui fonctionne beaucoup par mail, est-ce que cela ne risque pas de la couper de l’Amérique?
Le mail aux Etats-Unis, c’est une manière de vivre. Et, au contraire, c’est vu par l’administration Obama comme le moyen de transmission le plus rapide et le plus simple à destination du peuple américain. Bien sûr, pour les journalistes, cela implique un mode de communication, virtuel, qui rend les rapports personnels avec les conseillers, notamment, beaucoup moins faciles à établir. Mais parallèlement à cette volonté de maîtrise de la communication, il faut reconnaître à cette administration une volonté de s’ouvrir à la presse étrangère beaucoup plus importante que les précédentes.

Vous le décrivez plus proche d’Angela Merkel, la chancelière allemande que de Nicolas Sarkozy, est-ce que c’est toujours vrai?
Non, car ses rapports avec Nicolas Sarkozy se sont beaucoup réchauffés. Ils se sont vus il y a une dizaine de jours et ont eu un déjeuner de travail de deux heures et demi qui s’est très bien passé. Ils ont envie de travailler ensemble sur le G20, sur l’Iran. Bien sûr pour les Etats-Unis, l’Europe et la France comptent, mais l’Asie, aussi, est clairement une priorité ainsi que le Proche-Orient sur lequel l’administration tente très sérieusement d’agir. Il y a énormément de choses qui se passent en coulisses et, pour vous montrer l’importance de ce dossier aux yeux d’Obama, la veille de l’arrivée d’Hu Jintao à Washington, Obama a appelé le président égyptien Hosni Moubarak. C’est un conflit très important pour cette administration, mais ce n’est pas facile.