Le chômage, vecteur d'explosion sociale dans le monde arabe

MONDE Les pays arabes redoutent la contagion après la révolution tunisienne...

Lucie Soullier

— 

Des Tunisiens manifestent leur joie après le départ de Ben Ali, le 14 janvier 2011.
Des Tunisiens manifestent leur joie après le départ de Ben Ali, le 14 janvier 2011. — C.ENA/AP/SIPA

Les pays arabes se réunissent. Mercredi s’ouvre le sommet économique arabe de Charm el Cheikh, en Égypte. Un moment clé, alors que les troubles se poursuivent en Tunisie. Car «c’est toute une économie qui est à revoir», précise Karim Emile Bitar, chercheur associé à l’Iris. Parmi les défis majeurs auxquels le monde arabe doit faire face: le chômage est en tête des préoccupations. Pour que la nouvelle génération accède au marché de l’emploi, il faudrait ainsi créer 95 millions d’emplois à créer d’ici 2020, selon plusieurs sources. Soit 80.000 emplois à créer par an uniquement pour le cas tunisien. Un pari loin d’être gagné.

La région Moyen-Orient/Afrique du Nord possède un des taux de chômage les plus élevés au monde. «Un taux supérieur à 10%, contre une moyenne mondiale à 6%», précise Lahcen Achy, auteur d’une étude sur le sujet parue en novembre dernier pour la fondation Carnegie pour le Moyen-Orient. En cause: l’offre comme la demande. Lahcen Achy précise que, côté offre, «la croissance démographique importante, il y a 20/30 ans», a induit des entrées en masse sur le marché de l’emploi depuis quelques années. Côté demande, le chômage s’explique par des diplômes qui ne correspondent pas aux besoins du marché. Surtout dans un pays comme la Tunisie qui investit dans l’éducation mais développe des secteurs qui demandent peu de qualification, comme le textile ou le tourisme.

«Un cocktail qui a mené à la révolution»

Le chômage touche donc particulièrement les jeunes. Une jeunesse diplômée qui bouillonne d’un bout à l’autre du monde arabe, revendiquant plus de libertés, notamment sur le Web. Car le manque d’emplois est loin d’être le seul facteur à jouer dans la colère populaire. Différents éléments, plus ou moins présents dans chaque pays, entrent en considération. Un exemple avec le secteur informel. Le travail au noir, plus accepté au Maroc ou en Algérie qu’en Tunisie, calme la population qui peut survivre par la débrouille. En Tunisie, tous les facteurs se sont donc cumulés: népotisme, chômage des jeunes diplômés, absence de libertés, restrictions importantes sur le secteur informel… «Un cocktail qui a mené à la révolution», selon Karim Emile Bitar.

Le chômage est donc un des facteurs d’explosion sociale. En témoignent les revendications lors des troubles en Tunisie, où les slogans ont rapidement tourné vers une contestation plus politique du gouvernement, de la corruption, du manque de libertés… Et même si, seul, le chômage n’entraine pas forcément une réaction en chaîne dans le monde arabe, il pourrait bien souffler sur les dominos.