Révolution en Tunisie: Une nouvelle journée de manifestations et un nouveau gouvernement

MONDE De son côté, la France tente de reprendre la main en multipliant les gestes...

C.C. avec Reuters

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M.BUREAU / AFP

Si la vie a repris peu à peu son cours en Tunisie, les manifestations n’ont pas cessé ce lundi. Trois jours après la fuite du président Ben Ali en Arabie Saoudite, les Tunisiens étaient dans l’attente de l’annonce de leur nouveau gouvernement, qui dirigera le pays jusqu’à de prochaines élections. 

Un millier de personnes était descendu dans la rue dans la matinée dans le centre de Tunis pour demander au RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique) de quitter le pouvoir. Certains, dans la foule, disaient ne pas accepter que des membres du gouvernement en place sous Ben Ali figurent dans la nouvelle coalition d'union nationale.

«Notre priorité, la sécurité, ainsi que les réformes politiques et économiques»

«A bas le parti de la dictature!» et «Dehors le RCD!», scandaient les manifestants. Les forces de sécurité ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes et tiré des coups de feu en l'air pour disperser la manifestation. «Nous sommes résolus à accroître nos efforts pour rétablir le calme et la paix dans le coeur de tous les Tunisiens. Notre priorité, c'est la sécurité, ainsi que les réformes politiques et économiques», a expliqué le Premier ministre Mohamed Ghannouchi, renommé dans ses fonctions.

Celui-ci n’a finalement pas répondu aux attentes de la rue en dévoilant un gouvernement composé notamment de six membres du RCD qui figuraient déjà dans l’équipe précédente. Cependant, trois figures de l’opposition sont également présentes et Mohamed Ghannouchi a annoncé d'autre part qu’il était résolu à libérer tous les prisonniers politiques et que quiconque avait une importante fortune ou était soupçonné de corruption serait l'objet d'une enquête.

Il y «a pu y avoir des maladresses ou des incompréhensions» de la part de la France

Cette dernière annonce intervient alors qu’un économiste tunisien en vue, Moncef Chekhrouhou, a dit avoir appris par la Banque centrale que la famille de Ben Ali avait emporté dans sa fuite une tonne et demie d'or, l'équivalent d'une cinquantaine de millions d'euros.

De son côté, la France a multiplié les initiatives. Le conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a reconnu ce lundi qu'il «a pu y avoir des maladresses ou des incompréhensions» de la part de la France concernant la crise tunisienne. «Personne ne pouvait prévoir que les choses iraient aussi vite», s'est-il justifié. Le gouvernement «a sous-estimé l'exaspération du peuple tunisien face à un régime policier et à une répression sévère», a ajouté de son côté le ministre de la Défense, Alain Juppé.

La France traque les finances de Ben Ali

Dans la foulée, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a demandé aux agences de notation d’être indulgentes avec la Tunisie en raison des événements actuels, avant d’annoncer que la France surveillerait de près les biens immobiliers de l’ex-président Ben Ali ainsi que les mouvements de fonds qu'il pourrait effectuer, lui ou son entourage.

Enfin, Paris a demandé que toute la lumière soit faite sur la mort du photographe franco-allemand Lucas Mebrouk Dolega, confirmée ce lundi. Le jeune homme de 32 ans couvrait les manifestations en Tunisie lorsqu’il a reçu un tir de grenade lacrymogène en pleine tempe. «Rien ne saurait justifier l'emploi d'une violence aussi disproportionnée à l'encontre de manifestants et de journalistes», a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.