Révolte en Tunisie: Tunis, laboratoire démocratique?

POLITIQUE Aux lendemains du départ de l’ex-Président ben Ali, le pouvoir tente d’organiser la transition...

Armelle Le Goff

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Un portrait de l'ex-président tunisien Ben Ali déchiré dans le centre de Tunis le 16 janvier 2011.
Un portrait de l'ex-président tunisien Ben Ali déchiré dans le centre de Tunis le 16 janvier 2011. — Christophe Ena/AP/SIPA

Et maintenant, que va-t-il se passer en Tunisie? À la tête de l’État, le président du Parlement, Fouad Mebazaa, qui a pris la relève de Mohamed Ghannouchi, ancien Premier ministre, écarté. Son rôle? Tenter de mettre en place un gouvernement et d’organiser la transition via la tenue d’élections dans un délai deux mois.

«La transition ne se fera pas sans tension»

Après 23 ans d’un pouvoir sans partage exercé par Zine el-Abidine ben Ali, le timing paraît ambitieux, d’autant que la situation sécuritaire est pour le moins précaire. Pour Vincent Geisser, politologue et spécialiste de la Tunisie, même si des milices partisanes de l’Ancien régime et certains États arabes ont intérêt à tenter de maintenir le chaos, « la page ben Ali est tournée. La volonté du peuple est trop forte. Mais la transition ne se fera pas sans tensions ».

Premier chantier: « La mise en place d’un dispositif législatif et juridique à même de garantir la séparation des pouvoirs, le respect des droits de l’Homme,  etc., pointe Samia El Mechat, professeur d’histoire à l’Université de Sofia-Antipolis. Si la Tunisie rate ce tournant, la perspective démocratique risque de s’éloigner pour quelques années encore».

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Cités, entre autres, aux avant-postes de la relève: Moncef Marzouki, en exil, président du Congrès pour la République; Néjib Chebbi, leader du parti démocrate progressiste; Hamma Hammami, du parti Communiste des ouvriers de Tunisie. «Mais, du fait de la situation dictatoriale, un temps de reconnections avec le peuple risque de leur être nécessaire», explique Vincent Geisser. Exilé aussi, Rached Ghannouchi, du parti islamiste Ennahda, a annoncé son retour.

Le péril islamiste tant redouté? «Plus proche de l’AKP turque que des djihadistes, Ennahda sera associé au processus politique de transition», considère Vincent Geisser. Une chose est certaine, la Tunisie contruit son avenir sous les yeux d’opinions publiques arabes fascinées par ce qu’il s’y passe…