Français tués au Niger: Que s'est-il vraiment passé lors de l'offensive française?

TERRORISME La France affirme avoir capturé des ravisseurs, ce que nient les autorités nigériennes...

Corentin Chauvel avec Reuters
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L'entrée du bar «Le Toulousain» à Niamey (capitale du Niger), où deux Français ont été enlevés par un commando d'Aqmi, vendredi 7 janvier 2011.
L'entrée du bar «Le Toulousain» à Niamey (capitale du Niger), où deux Français ont été enlevés par un commando d'Aqmi, vendredi 7 janvier 2011. — Djibo Tagaza/AP/SIPA

Les corps des deux jeunes Français tués samedi dernier au Niger sont arrivés ce mercredi en France pour y être autopsiés, à l'heure où des divergences semblent naître entre Paris et Niamey sur les investigations menées sur leur enlèvement et son issue. 20minutes.fr fait le point sur ce que l’on sait de l’offensive des forces spéciales françaises pour libérer Antoine de Léocour et Vincent Delory dont le rapt aurait été commandité par un émir d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

Qui a participé à la poursuite des ravisseurs?
Une fois l’enlèvement à Niamey effectué, les ravisseurs ont aussitôt pris la route du Nord, en direction du Mali, et ont été pris en chasse par des forces nigériennes. Les militaires français, présents sur place depuis avec la précédente prise d'otages au Niger, ont donné leur appui aux Nigériens et ont repéré les ravisseurs grâce à un avion de reconnaissance. «Ce sont les forces françaises qui sont intervenues dans l'assaut final» sur le territoire malien, avec l'autorisation de Bamako, a indiqué François Fillon.

Comment s’est déroulé l’assaut final?
«Il y a eu des combats extrêmement violents», a dit le Premier ministre, qui a précisé que 30 militaires français «héliportés et parachutés» étaient intervenus face à une douzaine d’activistes. Selon des sources maliennes, des hélicoptères de combat français ont tiré sur le convoi de véhicules des ravisseurs dans le nord du Mali, où des épaves calcinées ont été retrouvées. D'après les autorités nigériennes, quatre membres du commando d'activistes ont été tués lors de l’intervention de l’armée nigérienne, qui n’a pas franchi la frontière malienne, mais a déploré trois morts et deux blessés parmi ses troupes. Côté français, deux militaires ont été blessés et rapatriés en France.

Y a-t-il eu des prisonniers parmi les ravisseurs?
C’est la controverse actuelle. Lors d'une étape au Tchad après son déplacement au Niger, Alain Juppé a déclaré mardi soir que deux ravisseurs blessés avaient été confiés aux autorités nigériennes. François Fillon a précisé que six policiers français, partis au Niger dans le cadre d'une enquête judiciaire ouverte à Paris, participaient à l'interrogatoire de deux prisonniers, membres d'Aqmi, mené à Niamey par la Garde nationale nigérienne.

Or, «il n'existe pas actuellement de terroristes auditionnés par nos services», leur a répondu Cissé Ousmane, le ministre nigérien de l’Intérieur, interrogé mardi soir par RFI. «Nous avons pas encore reçu des autorités françaises des terroristes vivants», a-t-il dit. «Je peux affirmer que les services compétents nigériens ont reçu des autorité françaises, en deux phases, six cadavres et deux blessés», des gendarmes nigériens, a-t-il ajouté.

Interrogé ce mercredi lors du compte rendu du conseil des ministres sur ces déclarations apparemment contradictoires, le porte-parole du gouvernement français, François Baroin, a dit qu'il n'avait «pas d'information à ce stade sur ce point».

Quand les deux Français ont-ils été retrouvés et comment sont-ils morts?
Ils ont été retrouvés morts samedi, au lendemain de l’intervention, à la frontière avec le Mali par les forces spéciales françaises. Les deux Français ont été exécutés, dont l’un d’une balle dans la tête, selon Alain Juppé. Leurs corps portaient des traces noires de brûlures, a ajouté le ministre de la Défense. Le corps de l’un des deux Français serait même «complètement calciné», d’après des sources policières françaises. Selon un membre du personnel de l'hôpital de Niamey, leurs mains étaient liées dans le dos. Mais les premières autopsies montrent que si l'un a bien été tué d'une balle dans la tête, l'autre est mort victime de brûlures dans des circonstances restant à établir, selon les premiers éléments de l'autopsie révélés mercredi de sources policières françaises à l'AFP. L'hypothèse d'un tir ayant touché le réservoir de la voiture dans laquelle se trouvait ce dernier n'était pas exclue, selon ces sources.