Français tués au Niger: Des zones d'ombre subsistent sur l'intervention militaire française

TERRORISME La détention de deux activistes d'Aqmi n'est pas confirmée par les autorités nigériennes...

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L'entrée d'une petite mosquée à Niamey, capitale du Niger (photo prise le 8 janvier 2011)
L'entrée d'une petite mosquée à Niamey, capitale du Niger (photo prise le 8 janvier 2011) — KONRAD K./SIPA

Des zones d'ombres subsistaient ce mercredi sur l'intervention militaire française contre les ravisseurs de deux Français tués samedi au lendemain de leur enlèvement au Niger. 

Le ministère nigérien de l'Intérieur a ainsi affirmé mercredi à l'AFP ne détenir «aucun terroriste» membre présumé d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) impliqué dans l'enlèvement des deux otages français, contrairement à ce qui a été affirmé par Paris. Le Premier ministre François Fillon avait déclaré mardi que deux ravisseurs faits prisonniers «ont été remis aux autorités nigériennes qui actuellement les interrogent avec le concours de la justice française». Le ministère de la Défense l'a réaffirmé mercredi en renvoyant aux propos de même teneur tenus par Alain Juppé, mardi à N'Djamena.

Aucun commentaire du côté français

Le porte-parole du gouvernement, François Baroin, s'est refusé à tout commentaire sur ces déclarations de Niamey à l'issue du Conseil des ministres mercredi. Interrogé sur l'opération, François Baroin a assuré que le ministre de la Défense Alain Juppé «a donné et donnera les informations au fur et à mesure de l'évolution du suivi de l'enquête».

Devant les ministres, le président Nicolas Sarkozy a justifié l'intervention française et «a réaffirmé aussi la volonté de la France de se battre sans faille et sans faiblesse contre toutes les formes de terrorisme», a ajouté le porte-parole. La France et le Mali ont accusé Al-Qaida au Maghreb islamique d'être derrière le rapt -toujours non revendiqué-, commandité par Mokhtar Belmokhtar, un émir de cette mouvance, selon des sources maliennes et nigériennes.

Les otages français exécutés

Des zones d'ombre continuaient aussi d'entourer les circonstances de la mort des otages - tués avant ou pendant le raid, sur le lieu de l'attaque ou ailleurs? - comme celles de l'intervention militaire française (trois gendarmes nigériens et quatre ravisseurs tués).

Vincent Delory et Antoine de Léocour, deux amis de 25 ans, ont été «exécutés» par leurs ravisseurs, a affirmé mardi Alain Juppé, selon qui l'un des Français a été tué d'une balle dans la tête. Selon une source médicale qui a pu voir les corps, les deux hommes «avaient été attachés, les mains dans le dos, et ils avaient des traces noires sur le corps». Une source proche de la présidence nigérienne avait auparavant assuré à l'AFP que «les corps étaient calcinés».

Les corps autopsiés à Paris

Selon des sources maliennes, des hélicoptères de combat français ont tiré sur le convoi de véhicules des ravisseurs dans le nord du Mali, à une quinzaine de kilomètres de la localité malienne de Tabankor (35 km au sud de Ménaka), où des épaves calcinées ont été retrouvées. Les corps seront autopsiés à l'Institut médico-légal de Paris où ils ont été acheminés mercredi matin. Les dépouilles avaient été rapatriées à l'aéroport de Roissy à bord d'un vol Air France en provenance de Niamey.

Cinq proches des deux jeunes hommes étaient à bord de l'appareil, dont la fiancée nigérienne d'Antoine de Léocour et des membres de sa famille. Les familles avaient été accueillies à Roissy par le ministre chargé de la Coopération, Henri de Raincourt. Une bénédiction des corps et une cérémonie de recueillement s'étaient tenues dans la plus stricte intimité.

Les voyagistes mis en garde

Les deux jeunes hommes étaient originaires de Linselles, dans le nord de la France. Antoine de Léocour allait se marier et Vincent Delory devait être son témoin. Les deux familles ont été reçues mardi par Nicolas Sarkozy. Des funérailles communes seront organisées la semaine prochaine.

La France a mis en garde les voyagistes contre le tourisme au Sahel. Aqmi a revendiqué il y a trois mois le rapt dans le nord du Niger de cinq Français, d'un Togolais et d'un Malgache, travaillant pour la plupart pour le groupe nucléaire français Areva et un sous-traitant.