«Les chrétiens d'Orient subissent chaque jour des brimades, mais ça fait moins de bruit que les bombes»

DECRYPTAGE Le regain de violence à l'encontre des chrétiens d'Orient trouverait sa source dans la discrimination qu'ils subissent au Proche et au Moyen-Orient...

Corentin Chauvel et Bérénice Dubuc

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Des chrétiens d'Egypte brandissent un portrait de  Jesus Christ ensanglanté lors d'une manifestation, le 2 janvier 2011.
Des chrétiens d'Egypte brandissent un portrait de Jesus Christ ensanglanté lors d'une manifestation, le 2 janvier 2011. — AFP PHOTO/MOHAMMED ABED

Après la série d'attentats qui a coûté la vie à une cinquantaine de chrétiens en Irak en novembre dernier, une bombe a explosé devant l'église des Saints d'Alexandrie durant la nuit du Nouvel An, tuant 21 personnes. «Les faits parlent d’eux-mêmes, il y a bien une recrudescence des attentats à l’encontre des chrétiens d’Orient», confirme Annie Laurent, docteur d’Etat en sciences politiques, spécialiste du Proche-Orient et auteur de Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître? (Salvator, 2008). Pour le père Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient, une association qui vient en aide aux chrétiens d’Orient, ces attentats, qui «sont liés» selon lui, visent même à «faire disparaître les chrétiens d’Orient».

En cause, selon les deux experts, la violence quotidienne, bien moins médiatisée, à l’encontre des non-musulmans. «L’humiliation et la vexation subie par les coptes est quotidienne et dure depuis des années», explique le père Gollnisch. Ainsi, dimanche, une femme a été assassinée à Bagdad parce qu’elle était chrétienne.

«Citoyens de seconde zone»

Au quotidien, les chrétiens d’Orient subissent des brimades, des humiliations, de la discrimination de la part des islamistes. «Ils le vivent chaque jour, même si ça fait moins de bruit que les bombes ou les rafales d’armes automatiques», déplore Annie Laurent. En effet, une interprétation de l'Islam affirme que «les non musulmans ne sont pas les égaux des musulmans, qui eux sont les vrais croyants», rappelle-t-elle.

«En Egypte, les coptes sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils n’ont pas les mêmes droits que les musulmans», indique Annie Laurent. Une discrimination qui se traduit par exemple «dans les écoles publiques, par un passage sous silence de l’histoire de l’église copte: les livres d’histoire passent directement des pharaons à l’Islam, en passant à la trappe sept siècles d’histoire».

«Une stigmatisation qui facilite la violence brutale»

Un état de fait que l’on retrouve dans tous les pays du Proche et du Moyen-Orient, à des degrés divers, selon l'influence des fondamentalistes sur le pouvoir en place. «Ils ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière, il y a une véritable stigmatisation qui facilite la violence brutale», confirme le père Pascal Gollnisch.

Et, selon lui, cette violence ne pourra être enrayée que par un engagement total des autorités des pays concernés: «On attend davantage qu’une condamnation de l’attentat de vendredi. On souhaite un engagement supplémentaire de la part des autorités, qui ont un vrai rôle éducatif à jouer sur les populations musulmanes.»

Exode

Car, à chaque attentat, des dizaines de familles chrétiennes quittent le Proche et le Moyen-Orient. «Lorsqu’il y a un attentat en Irak, c’est une véritable onde de choc qui se propage: les chrétiens quittent l’Egypte, le Liban…» Cependant, le père Gollnisch souligne que «les gens ont toujours envie de rester sur place. S’ils partent, c’est qu’ils y sont contraints et forcés.»

Un exode dommageable, selon la politologue, à la fois pour la communauté chrétienne dans ces pays, «car plus elle diminue et moins elle pourra y revendiquer un équilibre de droits avec les musulmans». Sans compter que, de l’avis du père Gollnisch, «la disparition du christianisme au Moyen-Orient risque de développer l’islamophobie en Europe. C’est une affaire d’équilibre spirituel.»