Côte d'Ivoire: Le difficile travail de renseignement des ONG sur place

CRISE Pour obtenir le nombre de morts, de blessés mais aussi d'enlèvements, les associations multiplient les patrouilles, les visites des hôpitaux et des morgues...

Bérénice Dubuc

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L.GNAGO / REUTERS

Assassinats, enlèvements, exactions, mais aussi droit à l’information, libre circulation, liberté d’expression entravés. La Côte d’Ivoire connaît ces derniers jours des violations massives des Droits de l'homme, comme l’a indiqué Navi Pillay, le Haut commissaire des Nations unies pour les Droits de l'homme dimanche. Selon les chiffres qu’elle a rendus publics, en trois jours, les violences dans le pays ont ainsi fait plus de 50 morts et plus de 200 blessés.

Des chiffres confirmés par les associations humanitaires, «même si c’est toujours un petit peu compliqué d’obtenir de tels chiffres, les associations sur place restent des relais d’information très fiables. Mais ce n’est pas évident pour elles», indique à 20minutes.fr un membre d’une ONG, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Visite des CHU et des morgues d’Abidjan

Quelles sont ces difficultés? Déjà «des problèmes pour joindre les relais sur le terrain», dans la mesure où les violences ont aussi bien lieu à Abidjan que dans les villes de province, beaucoup moins accessibles. Ensuite, les obstacles à recueillir les informations elles-mêmes.

«Pour avoir le décompte le plus réaliste possible, les associations visitent les trois CHU de la capitale ainsi que les morgues, et discutent avec les personnes avec qui ils ont l’habitude de travailler», explique encore le salarié de l’ONG. Objectif: recouper les différentes informations. «Mais l’accès aux morgues est très difficile, dans la mesure où les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), fidèles au président sortant, en filtrent l’entrée.»

Enlèvements

Les ONG patrouillent également dans Abidjan, y compris dans les quartiers dits «sensibles». Certains membres ont eux-mêmes été témoins oculaires d’assassinats, d’autres ont recueilli de nombreux témoignages indiquant que dans certains quartiers d’Abidjan, après le couvre-feu, des enlèvements ont lieu.

Les victimes, majoritairement perçues comme soutenant le camp Ouattara, sont retenues dans des lieux de détention inconnus et illégaux, et ne sont pas retrouvées, ou du moins pas vivantes. Des témoignages également recueillis par la mission des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), qui fait état d'enlèvements commis par des individus armés accompagnés par des éléments des FDS.