Calme précaire à Abidjan, pression intense sur Gbagbo

AFRIQUE Statu quo à Abidjan...

Maud Pierron

— 

K. SIA/ AFP

Au lendemain d’un jeudi sanglant, la situation s’est calmée à Abidjan vendredi. Appelés à marcher sur la radio-télévision d’Etat toujours aux mains de Laurent Gbagbo, les partisans d’Alassane Ouattara sont restés chez eux. La répression du jeudi, qui a fait entre 10 et 30 morts selon les sources, a calmé les ardeurs des pro-Ouattara. D’autant que tout Abidjan, et notamment les quartiers acquis à la cause du président reconnu par la communauté internationale, était quadrillé par des forces loyales à Laurent Gbagbo. La tension est toutefois restée palpable toute la journée dans les rues de la capitale économique du pays.
 
En revanche, sur le front diplomatique, le ton est monté d’un cran. Nicolas Sarkozy a appelé Laurent Gbagbo à quitter «avant la fin de la semaine» la présidence qu’il «usurpe». Sinon, il pourrait avoir à faire au Tribunal pénal international. Si Laurent Gbagbo s’accroche à son poste «en violation de la volonté du peuple ivoirien, lui et sa femme seront nommément sur la liste des sanctions» européennes, a ajouté le chef de l’Etat depuis Bruxelles. «Il n'appartient pas à un président étranger de donner des ordres au président Gbagbo», a répondu un conseiller de Laurent Gbagbo, accusant Alassane Ouattara d'être «le père de la rébellion» ivoirienne.

«Parodie de démocratie»

L'Union européenne a appelé vendredi les forces armées ivoiriennes à se rallier à Ouattara mais, même si c'était le cas, Laurent Gbagbo pourrait compter sur ses partisans regroupés au sein de la milice des Jeunes Patriotes. Par ailleurs, le Conseil européen a confirmé vendredi dans ses conclusions la détermination de l'UE à prendre de telles mesures «contre ceux qui continueraient à faire obstruction à la volonté souveraine exprimée par le peuple ivoirien».
 
Washington, de son côté, exhorte le président sortant à s’exiler.  «Il y a au moins un Etat africain qui a proposé un départ 'en douceur' mais c'est à Gbagbo que revient la décision», a dit à Reuters William Fitzgerald, chargé des affaires africaines au département d'Etat. Il a souligné que les Etats-Unis étaient prêts à imposer dans les jours qui viennent à Laurent Gbagbo, sa famille et ses proches, des interdictions de déplacement si la crise politique ivoirienne s'éternise.
 
Au bout de quinze jours de blocages, Raila Odinga, le Premier ministre kényan, a lui, prôné l’usage de la force pour déloger Laurent Gbagbo. Ce dernier, d’après RFI, aurait une proposition pour débloquer la situation: proposer un partage de pouvoir à Alassane Ouattara, avec la création d’un poste de vice-président pour lui. Mais vendredi, le secrétaire général de l'ONU a jugé que le maintien de Laurent Gbagbo au pouvoir conduirait à une «parodie de démocratie».