Nigeria: L'un des ex-otages français raconte sa détention

TEMOIGNAGE Gilles Mignon a passé dix jours aux mains du Mend, dans la crainte d'être exécuté...

Bérénice Dubuc

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Gilles Mignon (au centre), l'un des deux ex-otages français, lors d'une conférence de presse de l'armée nigériane, le 18 novembre 2010 à Port Harcourt.
Gilles Mignon (au centre), l'un des deux ex-otages français, lors d'une conférence de presse de l'armée nigériane, le 18 novembre 2010 à Port Harcourt. — REUTERS/Austin Ekeinde

Le 17 novembre dernier, l'armée nigériane libérait 19 otages, dont 2 Français, retenus par les rebelles du Mend (Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger) dans le delta du Niger. Gilles Mignon, 49 ans, l’un des deux otages français kidnappés le 7 novembre sur une plate-forme de la société Afren, est revenu sur sa détention sur Europe 1.

Il a ainsi raconté les six jours qu’il a passé au «camp principal», retenu dans «une tente un peu plus grande qu’une canadienne» avec les 18 autres otages. Gilles Mignon a dit la crainte qui le tenaillait d’être exécuté: «Descendre une personne, ce n’est pas un problème pour eux. Ils n’ont aucun respect pour l’être humain», a-t-il affirmé. Autre peur: être blessé par une balle perdue. Ses ravisseurs, «des gamins de 18-20 ans (…) les yeux exorbités par la drogue et l’alcool», avaient la gâchette facile et passaient leur temps à «jouer avec leur kalachnikovs».

Il va retourner travailler sur la même plate-forme pétrolière

Selon lui, l’unique motivation des ravisseurs, «c’était trouver des blancs et chercher de l’argent». Ils étaient prêts à tuer si les entreprises ne payaient pas. «Demandez à votre compagnie, il faut nous payer ça, ça et ça. Autrement, on vous coupe la tête», leur ont-ils dit. «Ils se disent militants contre le gouvernement nigérian, mais au fond ce sont juste des pirates bien armés», juge Gilles Mignon.

L’ex-otage a aussi raconté les deux jours de bombardement du camp par l’armée nigériane, où tous ont pensé que c’était «fini» pour eux. Il a aussi souligné qu’il passait encore certaines nuits sans pouvoir trouver le sommeil, et qu’il avait encore «des flashs de l’attaque». Gilles Mignon a enfin indiqué qu’il allait «retourner travailler, sur la même plate-forme pétrolière». «C’est comme pour le vélo», a-t-il expliqué, indiquant qu’il se pensait «assez fort» pour y retourner, même s’il sait qu’il n’aura la réponse que quand il sera «à bord».