La Côte d'Ivoire à deux doigts de l'implosion politique

SYNTHESE Le Conseil constitutionnel a invalidé les résultats de la commission électorale...

Avec Reuters

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S.VAN ZUYDAM / AP / SIPA

Le risque d'une violente confrontation entre partisans d'Alassane Ouattara et de Laurent Gbagbo grandit en Côte d'Ivoire, où la commission électorale a proclamé la victoire de l'ancien Premier ministre alors que le Conseil constitutionnel a annoncé celle du président sortant.

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Un proche d'Alassane Ouattara, annoncé vainqueur de l'élection présidentielle jeudi par la Commission électorale indépendante (CEI) avec 54,1% des voix, a mis en garde contre une nouvelle guerre civile, alors que le scrutin devait favoriser la réunification du pays.

Alassane Ouattara n'acceptera aucune tentative juridique d'inverser ce résultat, a prévenu vendredi un haut responsable de sa campagne, Amadou Gon. Vendredi soir, il a revendiqué à nouveau sa victoire, soutenu par l’ONU et notamment par le secrétaire général Ban Ki-moon.

Ce qui a valu à l'organisation internationale d'être mise en garde par la présidence ivoirienne contre une expulsion du chef de la mission de maintien de la paix des Nations unies. «La Côte d'Ivoire est souveraine (...) Nous n'accepterons jamais qu'un fonctionnaire se comporte ainsi dans un pays souverain», a dit un conseiller du président Gbagbo dans une allocution à la télévision publique.

Invalidation du Conseil constitutionnel

Pourtant, un porte-parole du Conseil constitutionnel a affirmé que la lecture détaillée des résultats avait montré des irrégularités et que le total révisé donnait 51% des voix à Laurent Gbagbo et 49% à Alassane Ouattara.

L'institution, seule habilitée à valider les résultats de l'élection présidentielle, est dirigée par un proche du président Gbagbo, Paul Yao N'Dré, qui avait déjà jugé illégale l'annonce faite par la CEI, car étant intervenue après l'expiration du délai prévu, mercredi à minuit.

La télévision d'Etat n'a donné aucun résultat et le journal pro-Gbagbo, Notre Voie, titre vendredi: «Proclamation de faux résultats - Le coup d'Etat de la France a encore échoué».

Abidjan dans l’attente

Paris, comme les Nations Unies et les Etats-Unis, a appelé les candidats à respecter le jugement du peuple ivoirien.

Abidjan, la capitale économique, donnait vendredi l'image d'un pays dans l'attente. Le centre-ville ne grouillait pas de taxis, les magasins sont restés fermés et le port, d'où part normalement une grande partie de la demande mondiale de cacao, tournait au ralenti. Le cours du cacao a fortement grimpé jeudi, le marché craignant l'arrêt des exportations.

Signe d'un climat électoral tendu, un couvre-feu a été instauré par Gbagbo avant le scrutin, une élection censée constituer un pas important vers la réunification du pays après des années de guerre civile et d'incertitude politique. Et l’armée a fermé toutes les frontières.